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Bruxisme nocturne : fréquence, causes et gouttière

Environ 8 % des adultes disent grincer des dents au moins une fois par semaine pendant leur sommeil, mais les chiffres varient fortement selon la façon de poser la question.

Par Jan Kohlhaas · 9 min de lecture · Mis à jour le 02/11/2026 · Information générale sur le bien-être, pas un diagnostic médical

La réponse courte

Le bruxisme est une activité répétée des muscles de la mâchoire : serrer ou grincer des dents, soit pendant le sommeil, soit à l'éveil. Dans une enquête de 13 057 personnes au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, 8,2 % grinçaient des dents au moins une fois par semaine pendant le sommeil et 4,4 % remplissaient les critères d'un diagnostic de bruxisme du sommeil. Le stress, l'anxiété, l'alcool, la caféine, le tabac et l'apnée du sommeil sont associés à un risque plus élevé. Une revue de 2015 conclut qu'il n'y a pas assez de preuves pour définir une approche de référence, sauf pour l'appareil buccal (la gouttière), qui semble réduire l'activité du bruxisme. SleepTrace ne détecte pas le grincement des dents.

Une mâchoire douloureuse au réveil, des dents usées, un conjoint qui entend un crissement : le bruxisme se découvre souvent par d'autres personnes ou chez le dentiste. Ce qu'il est, à quel point il est courant, ce qui lui est associé et ce que valent les gouttières est décrit ci-dessous, d'après les études et les consensus d'experts.

Grincer des dents la nuit : qu'est-ce que le bruxisme ?

Un consensus international d'experts a défini le bruxisme en 2013 comme une activité répétée des muscles de la mâchoire, caractérisée par le serrement ou le grincement des dents et par la contraction ou la poussée de la mandibule. Il a deux manifestations : pendant le sommeil (bruxisme du sommeil) ou à l'éveil. Le groupe propose de graduer le diagnostic en « possible », « probable » ou « défini ».

Lobbezoo F, Ahlberg J, Glaros AG, Kato T, Koyano K, Lavigne GJ, de Leeuw R, Manfredini D, Svensson P, Winocur E. Bruxism defined and graded: an international consensus. J Oral Rehabil 2013. PMID 23121262

Un travail de mise à jour en 2018 a précisé que, chez des personnes par ailleurs en bonne santé, le bruxisme ne devrait pas être considéré comme un trouble mais comme un comportement, qui peut être un facteur de risque (ou de protection) pour certaines conséquences cliniques. Il a aussi conclu qu'on peut l'évaluer par des méthodes non instrumentales (surtout l'auto-déclaration) ou instrumentales (surtout l'électromyographie), et qu'il ne faut pas utiliser de seuil standard pour décider de sa présence ou de son absence chez des personnes en bonne santé. Grincer des dents n'est donc pas en soi une maladie : c'est l'usure, la douleur ou une cause associée qui justifient une prise en charge.

Lobbezoo F, Ahlberg J, Raphael KG, Wetselaar P, Glaros AG, Kato T, Santiago V, Winocur E, De Laat A, De Leeuw R, Koyano K, Lavigne GJ, Svensson P, Manfredini D. International consensus on the assessment of bruxism: Report of a work in progress. J Oral Rehabil 2018. PMID 29926505

Combien de personnes sont concernées ?

La réponse dépend de la définition et de la méthode. Dans une enquête téléphonique auprès de 13 057 personnes de plus de 15 ans, représentatives du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de l'Italie, 8,2 % déclaraient grincer des dents pendant le sommeil au moins une fois par semaine, et dans la moitié des cas environ, il y avait des conséquences marquées (gêne musculaire au réveil, grincement dérangeant, soins dentaires nécessaires). 4,4 % remplissaient les critères de diagnostic du bruxisme du sommeil de la classification internationale des troubles du sommeil. Les auteurs en font la troisième parasomnie la plus fréquente.

Ohayon MM, Li KK, Guilleminault C. Risk factors for sleep bruxism in the general population. Chest 2001. PMID 11157584

D'autres chiffres sont nettement plus élevés. Une méta-analyse de 2024 regroupe une prévalence mondiale du bruxisme du sommeil de 21 % (21 % en Europe, 31 % en Amérique du Nord), 43 % quand il est établi par polysomnographie, et de 23 % pour le bruxisme éveillé. Chez 2 680 ouvriers japonais, 30,9 % des hommes et 20,2 % des femmes rapportaient du bruxisme du sommeil (réponses « parfois » ou « souvent »). Ces écarts viennent des questions posées, des populations et de l'outil : un grincement entendu chaque semaine, un serrement une fois dans le mois et un enregistrement de laboratoire ne mesurent pas la même chose.

Zieliński G, Pająk A, Wójcicki M. Global Prevalence of Sleep Bruxism and Awake Bruxism in Pediatric and Adult Populations: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Clin Med 2024. PMID 39064299

Nakata A, Takahashi M, Ikeda T, Hojou M, Araki S. Perceived psychosocial job stress and sleep bruxism among male and female workers. Community Dent Oral Epidemiol 2008. PMID 18474052

Bruxisme du sommeil et bruxisme éveillé : deux comportements

Le consensus de 2018 définit les deux formes séparément. Le bruxisme du sommeil est une activité des muscles masticateurs pendant le sommeil, rythmique ou non rythmique. Le bruxisme éveillé est un contact dentaire répété ou soutenu, ou une contraction ou une poussée de la mandibule à l'éveil. La méta-analyse de 2024 donne pour le bruxisme éveillé une prévalence de 23 %, proche de celle du bruxisme du sommeil. La distinction compte pour la suite : une gouttière portée la nuit ne concerne que la première forme.

Chez l'enfant, une revue de 22 publications sur la fréquence du bruxisme du sommeil a trouvé des chiffres très variables (de 3,5 % à 40,6 %), avec une baisse fréquente avec l'âge et sans différence entre filles et garçons. Toutes les études retenues reposaient sur le témoignage des parents, aucune sur la polysomnographie ou l'électromyographie, et les auteurs jugent que ces données ne permettent pas d'estimation fiable. Les grincements d'un enfant se signalent donc au dentiste ou au pédiatre, sans chiffre de référence.

Manfredini D, Restrepo C, Diaz-Serrano K, Winocur E, Lobbezoo F. Prevalence of sleep bruxism in children: a systematic review of the literature. J Oral Rehabil 2013. PMID 23700983

Stress, alcool, caféine, apnée : les facteurs associés

Dans l'enquête européenne, le bruxisme du sommeil déclaré était plus fréquent chez les personnes avec une apnée obstructive du sommeil (rapport de cotes de 1,8), les ronfleurs bruyants (1,4), les personnes modérément somnolentes dans la journée (1,3), les gros buveurs d'alcool (1,8), les buveurs de café (1,4), les fumeurs (1,3), celles qui avaient une vie très stressante (1,3) et celles avec de l'anxiété (1,3). Les effets sont modestes et déclaratifs. L'étude japonaise confirme une association faible avec certains aspects du stress au travail (manque de soutien des supérieurs ou des collègues, symptômes dépressifs) chez les hommes, pas chez les femmes.

Le lien avec l'apnée du sommeil est discuté. Une revue exploratoire de 2022 (13 études chez l'adulte) a trouvé qu'une apnée et un bruxisme coexistaient chez 39,3 % des patients en médiane, mais pas d'association significative dans la plupart des études adultes, et conclut qu'on ne peut pas confirmer de relation entre les deux chez l'adulte. Une revue systématique de 2020 sur sept études de polysomnographie en trouve quatre qui soutiennent une association (par exemple des épisodes de bruxisme survenant peu après la fin d'un événement respiratoire) et trois qui ne la soutiennent pas, sans preuve concluante.

Pauletto P, Polmann H, Conti Réus J, Massignan C, de Souza BDM, Gozal D, Lavigne G, Flores-Mir C, De Luca Canto G. Sleep bruxism and obstructive sleep apnea: association, causality or spurious finding? A scoping review. Sleep 2022. PMID 35443064

da Costa Lopes AJ, Cunha TCA, Monteiro MCM, Serra-Negra JM, Cabral LC, Júnior PCS. Is there an association between sleep bruxism and obstructive sleep apnea syndrome? A systematic review. Sleep Breath 2020. PMID 31628624

Une personne qui grince des dents et qui ronfle fort, ou se réveille avec des maux de tête et une somnolence, a intérêt à en parler à un médecin, sans présumer d'un lien. L'article Ronflement ou apnée du sommeil explique comment les distinguer, et celui sur l'apnée du sommeil décrit ses signes.

La gouttière dentaire contre le bruxisme : ce que montrent les études

La gouttière est un dispositif en résine, fabriqué sur mesure par un dentiste, que l'on porte la nuit sur les dents. C'est le traitement dentaire classique du bruxisme, et la revue qui a fait le point en 2015 sur la prise en charge du bruxisme du sommeil chez l'adulte (14 articles, dont 12 essais randomisés) a conclu que presque tout type d'appareil buccal semblait réduire d'une manière ou d'une autre l'activité du bruxisme, avec un effet peut-être plus grand pour les appareils qui avancent beaucoup la mâchoire. Selon ses auteurs, il n'y a pas assez de preuves pour établir une approche de référence, à l'exception de l'appareil buccal. Pour le biofeedback et les approches cognitivo-comportementales, l'intérêt n'était pas pleinement démontré.

Manfredini D, Ahlberg J, Winocur E, Lobbezoo F. Management of sleep bruxism in adults: a qualitative systematic literature review. J Oral Rehabil 2015. PMID 26095208

Deux nuances sont utiles. D'une part, les essais retenus mesurent l'activité du bruxisme, pas l'usure des dents ni la douleur à long terme. D'autre part, les gouttières sont aussi utilisées pour les douleurs de la mâchoire (troubles temporo-mandibulaires), et une revue Cochrane de 2024 sur 57 essais (2 846 participants) juge les résultats non concluants : les gouttières de stabilisation pourraient réduire la douleur musculaire à la mastication par rapport à l'absence de traitement, mais avec une preuve très incertaine. Il s'agit d'une indication voisine, pas du bruxisme lui-même.

Singh BP, Singh N, Jayaraman S, Kirubakaran R, Joseph S, Muthu MS, Jivnani H, Hua F. Occlusal interventions for managing temporomandibular disorders. Cochrane Database Syst Rev 2024. PMID 39282765

Le choix d'une gouttière, de sa forme et de sa durée de port relève du dentiste, après examen. Ce n'est pas un produit à acheter sans avis : cet article ne recommande aucun modèle. Des traitements médicamenteux existent aussi dans la littérature, mais ils relèvent du médecin.

Quand consulter, et qui

À signaler au dentiste ou au médecin. Dents qui s'usent, se fêlent ou deviennent sensibles ; douleur de la mâchoire, des tempes ou du cou au réveil ; difficulté à ouvrir la bouche ; maux de tête matinaux répétés. Si s'y ajoutent des ronflements forts, des pauses respiratoires remarquées ou une somnolence dans la journée, le médecin ou un centre du sommeil est l'interlocuteur : l'article sur qui consulter pour un ronflement explique le parcours. Cet article ne pose aucun diagnostic.

Souvent, la consultation commence chez le dentiste, qui regarde l'état des dents et des muscles et décide si une gouttière a un sens. Savoir depuis quand les symptômes existent, s'ils sont plus marqués certaines semaines (stress, travail, alcool) et si un proche entend le grincement donne des repères utiles. Les déclencheurs associés (alcool, caféine, tabac, stress) sont décrits plus haut ; ce ne sont pas des consignes, car la causalité n'est pas démontrée. Pour un enfant, le dentiste ou le pédiatre est le premier interlocuteur.

Ce que SleepTrace peut montrer, et ce qu'il ne peut pas

SleepTrace ne détecte pas le grincement des dents ni le serrement de mâchoire. L'application écoute la nuit avec le micro du téléphone (application ouverte, téléphone en charge) et repère le ronflement, la parole et la toux, avec l'heure et de courts extraits à réécouter (3 par mois dans le plan gratuit). Elle marque aussi d'éventuelles pauses respiratoires avec leur heure, sans extrait, et estime les phases de sommeil à partir du son, ce qui reste une estimation. Son indicateur d'apnée du sommeil, un niveau de risque et un indice moyen, est un repérage, pas un diagnostic. Pour quelqu'un qui grince des dents et se demande si un problème de respiration est en cause, ce relevé peut compléter le bilan du dentiste ou du médecin, sans rien dire du bruxisme lui-même. L'application ne mesure ni les mouvements, ni la mâchoire, ni la position de sommeil. Si un proche entend le grincement, ce témoignage reste le meilleur indice, bien avant l'application.

Questions fréquentes

Une activité répétée des muscles de la mâchoire : serrer ou grincer des dents, pendant le sommeil ou à l'éveil, d'après un consensus international de 2013. Chez une personne en bonne santé, il est considéré comme un comportement plutôt que comme une maladie.

Dans une enquête de 13 057 personnes au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, 8,2 % grinçaient des dents au moins une fois par semaine et 4,4 % remplissaient les critères d'un bruxisme du sommeil. Une méta-analyse de 2024 donne 21 % en moyenne, selon la définition.

Il y est associé, mais faiblement : rapports de cotes de 1,3 pour un stress élevé et pour l'anxiété dans l'enquête européenne, et une association faible chez les hommes seulement dans une étude japonaise. La cause n'est pas démontrée.

Les résultats sont discordants. Une revue de 2022 ne peut pas confirmer de relation chez l'adulte, une revue de 2020 trouve quatre études pour et trois contre. Une apnée était associée à un risque de bruxisme déclaré de 1,8 dans l'enquête européenne.

D'après une revue de 2015, presque tous les types d'appareils buccaux semblent réduire l'activité du bruxisme, mais les preuves ne suffisent pas à définir une approche de référence, sauf pour l'appareil buccal. Le choix revient au dentiste après examen.

SleepTrace ne détecte pas le grincement des dents. Il peut montrer ronflements, toux, paroles et d'éventuelles pauses respiratoires, utiles si une apnée est en question.

SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.


Le grincement des dents se constate chez le dentiste ou par la personne qui dort à côté, pas avec une application. SleepTrace n’enregistre que le son et ne le repère pas ; il garde des extraits de ronflements, de toux et de paroles avec leur heure et montre comment la nuit s’est passée. Ce suivi sert à décrire vos nuits au rendez-vous, sans remplacer l’avis du dentiste.

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