La transpiration nocturne est très fréquente (de 10 % chez les patients âgés suivis en médecine générale jusqu'à 60 % chez des femmes en maternité) et le plus souvent sans cause grave : une revue de 2012 la qualifie de symptôme non spécifique. Les pistes à vérifier en premier sont la chaleur de la chambre et de la literie, l'alcool, puis l'apnée du sommeil (sueurs fréquentes chez 30,6 % des hommes et 33,3 % des femmes apnéiques, contre 9,3 % et 12,4 % en population générale) et certains médicaments. De la fièvre, un amaigrissement inexpliqué ou des sueurs qui durent justifient un avis médical.
Réveil à trois heures du matin, pyjama collé, draps humides. La transpiration nocturne inquiète souvent plus qu'elle ne devrait, parce qu'on la lie à des maladies graves. Les revues disent surtout une chose : le symptôme est fréquent, peu spécifique, et la cause se trouve d'abord dans des situations banales. Cet article les passe en revue dans l'ordre où un médecin les explore, avec les chiffres des études et les signes qui doivent faire consulter. Il ne pose aucun diagnostic et ne recommande aucun traitement. La version chez la femme, avec la ménopause, est traitée à part dans l'article sur les sueurs nocturnes de la ménopause.
Transpiration nocturne : est-ce banal ou faut-il s'en préoccuper ?
La réponse courte : le plus souvent banal, et pourtant à ne pas ignorer s'il s'installe. Une revue systématique de 2012 indique que les estimations de fréquence vont de 10 % chez les patients âgés suivis en médecine générale à 60 % chez des femmes d'une maternité. Elle note que l'espérance de vie des patients de médecine générale qui rapportent des sueurs nocturnes ne semblait pas réduite, que de nombreuses causes cliniques ont été proposées mais que la plupart sont mal étayées, et que les démarches de bilan « en algorithme » ne reposent pas sur des preuves. Elle conclut que le symptôme est non spécifique.
Dans une enquête auprès de 795 patients de plus de 64 ans suivis par 23 médecins de famille, 10 % se plaignaient de sueurs nocturnes, 9 % de sueurs diurnes et 8 % de bouffées de chaleur. Les sueurs nocturnes étaient associées à la fièvre (rapport de cotes de 12,6), aux crampes musculaires (2,84), aux engourdissements des mains et des pieds (3,34), à une vue altérée et à une perte d'audition, et diminuaient un peu avec l'âge. Les auteurs recommandent de poser, en consultation, des questions sur les maladies fébriles, les troubles sensoriels, l'anxiété, la dépression, la douleur, les crampes et le syndrome des jambes sans repos.
Mold JW, Holtzclaw BJ, McCarthy L. Night sweats: a systematic review of the literature. J Am Board Fam Med 2012. PMID 23136329
Mold JW, Roberts M, Aboshady HM. Prevalence and predictors of night sweats, day sweats, and hot flashes in older primary care patients: an OKPRN study. Ann Fam Med 2004. PMID 15506569
Les causes des sueurs nocturnes
Les causes des sueurs nocturnes s'explorent d'abord par les situations banales : la chambre et la literie, l'alcool, l'apnée du sommeil, certains médicaments, puis les causes médicales. Parmi ces dernières, le diabète est une cause connue de sueurs, surtout par les baisses de glucose chez les personnes traitées ; la revue de 2003 citée plus bas range l'hypoglycémie parmi les diagnostics à considérer, et aucune des sources de cet article ne chiffre sa part dans les sueurs nocturnes. Chaque piste est reprise ci-dessous.
La chambre et la literie : chaleur, humidité, vêtements
C'est la première piste, et elle est documentée. Une revue sur l'environnement thermique et le sommeil décrit que, dans les conditions réelles où l'on utilise literie et vêtements, la chaleur augmente l'éveil et diminue le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal ; la chaleur humide ajoute une charge thermique et modifie encore les stades de sommeil et la thermorégulation. Une revue sur les environnements de sommeil rappelle que la température de la peau, les changements rapides de température et la transpiration pendant le sommeil peuvent réduire significativement sa qualité, et que les propriétés thermiques de la literie et des vêtements de nuit comptent, en précisant que les recherches sur ces microclimats restent rares.
Dans une étude d'observation de 14 nuits chez 62 adultes, l'efficacité du sommeil, calculée heure par heure, était plus basse de 3,4 % dans le cinquième des heures les plus chaudes que dans le cinquième le moins chaud. L'humidité de la chambre n'était pas liée à l'efficacité du sommeil, mais l'était à la somnolence et à une moins bonne qualité de sommeil ressenties. Pour les températures à viser, l'article sur le sommeil avec un ventilateur rassemble les chiffres des essais.
| À vérifier dans la chambre | Ce que disent les études citées |
|---|---|
| Température de la pièce | Plus la chambre est chaude, plus l'éveil augmente et plus le sommeil profond et paradoxal diminue ; efficacité du sommeil plus basse de 3,4 % dans le cinquième des heures les plus chaudes |
| Humidité | La chaleur humide alourdit la charge thermique ; l'humidité de la chambre est liée à une somnolence et une qualité de sommeil moins bonnes ressenties |
| Literie et vêtements de nuit | Leurs propriétés thermiques influencent la température de la peau et la transpiration ; peu d'études |
| Renouvellement de l'air | Un taux de CO2 élevé (air peu renouvelé) est associé à une efficacité du sommeil plus basse de 4,0 % dans la même étude ; voir l'article sur le ventilateur |
Okamoto-Mizuno K, Mizuno K. Effects of thermal environment on sleep and circadian rhythm. J Physiol Anthropol 2012. PMID 22738673
Troynikov O, Watson CG, Nawaz N. Sleep environments and sleep physiology: A review. J Therm Biol 2018. PMID 30509635
Basner M, Smith MG, Jones CW, Ecker AJ, Howard K, Schneller V, Cordoza M, Kaizi-Lutu M, Park-Chavar S, Stahn AC, Dinges DF, Shou H, Mitchell JA, Bhatnagar A, Smith T, Smith AE, Stopforth CK, Yeager R, Keith RJ. Associations of bedroom PM2.5, CO2, temperature, humidity, and noise with sleep: An observational actigraphy study. Sleep Health 2023. PMID 37076419
Alcool et transpiration nocturne
L'alcool figure dans les listes de substances pouvant provoquer des sueurs nocturnes : la revue de 2003 sur le diagnostic des sueurs nocturnes cite l'alcool et l'héroïne parmi les substances en cause, avec certains médicaments (antihypertenseurs, antipyrétiques). Du côté du sommeil, une revue de 2013 sur l'alcool chez des volontaires sains indique qu'à toutes les doses l'alcool raccourcit le délai d'endormissement, rend la première moitié de la nuit plus consolidée et augmente les perturbations de la seconde moitié. Aucune des sources citées n'a toutefois mesuré directement le lien entre une dose d'alcool et la quantité de sueur. Pour les autres effets de l'alcool sur les nuits, voir l'article sur l'alcool et l'insomnie.
Viera AJ, Bond MM, Yates SW. Diagnosing night sweats. Am Fam Physician 2003. PMID 12643362
Ebrahim IO, Shapiro CM, Williams AJ, Fenwick PB. Alcohol and sleep I: effects on normal sleep. Alcohol Clin Exp Res 2013. PMID 23347102
Apnée du sommeil et sueurs nocturnes
C'est la cause médicale la mieux chiffrée. L'étude de la cohorte islandaise a comparé 822 patients apnéiques non traités à 703 personnes de la population générale. Des sueurs nocturnes fréquentes (trois fois par semaine ou plus) étaient rapportées par 30,6 % des hommes et 33,3 % des femmes apnéiques, contre 9,3 % des hommes et 12,4 % des femmes de la population générale. Chez les patients réévalués après deux ans, la fréquence est passée de 33,2 % à 11,5 % chez ceux qui utilisaient pleinement le traitement par pression positive de l'apnée, soit un niveau proche de la population générale. L'étude relie les sueurs à un âge plus jeune, aux maladies cardiovasculaires, à l'hypertension, à la somnolence et aux symptômes d'insomnie. Ses auteurs suggèrent de penser à l'apnée chez les personnes qui se plaignent de sueurs nocturnes.
Pour une transpiration nocturne chez l'homme comme chez la femme, la présence de ronflements forts, de pauses respiratoires remarquées par un proche ou d'une somnolence dans la journée est donc un motif d'en parler. Les signes sont décrits dans l'article sur les symptômes de l'apnée du sommeil.
Arnardottir ES, Janson C, Bjornsdottir E, Benediktsdottir B, Juliusson S, Kuna ST, Pack AI, Gislason T. Nocturnal sweating--a common symptom of obstructive sleep apnoea: the Icelandic sleep apnoea cohort. BMJ Open 2013. PMID 23674447
Médicaments, causes médicales et transpiration nocturne excessive
Une transpiration nocturne excessive, qui revient chaque nuit et trempe les draps, mérite d'être signalée. La revue de 2003 énumère les diagnostics à considérer : la tuberculose et le lymphome (sueurs dominantes, mais rarement en cause dans la pratique actuelle), l'infection par le VIH, le reflux gastro-œsophagien, l'apnée obstructive du sommeil, l'hyperthyroïdie, l'hypoglycémie et d'autres, plus rares. Elle précise que les causes graves peuvent être écartées par un interrogatoire complet, un examen clinique et des examens ciblés ; c'est le travail du médecin.
Les médicaments sont une autre piste. Dans une analyse de 413 patients de 65 à 94 ans de médecine générale, 9,2 % rapportaient des sueurs nocturnes au moins modérées. Après ajustement sur l'âge et le sexe, trois classes de médicaments ressortaient : certains antidépresseurs (rapport de cotes de 3,01), certains médicaments de l'hypertension (3,44) et les hormones thyroïdiennes (2,53). Ce sont des associations observées dans un petit échantillon d'adultes âgés, qui ne prouvent pas qu'un médicament précis est responsable. Ne modifiez ni n'arrêtez jamais un traitement sans l'avis du médecin qui l'a prescrit.
Mold JW, Holtzclaw BJ. Selective Serotonin Reuptake Inhibitors and Night Sweats in a Primary Care Population. Drugs Real World Outcomes 2015. PMID 27747615
Les femmes, le cycle, la grossesse, la ménopause
Chez les femmes, les hormones sont une cause majeure. Une revue de 66 articles sur les bouffées de chaleur et sueurs nocturnes dans le monde conclut que ces symptômes de la ménopause sont très fréquents dans la plupart des sociétés, avec des variations marquées selon le climat, l'alimentation, le mode de vie et les attitudes face au vieillissement. La fourchette haute de fréquence citée plus haut (60 %) concerne des femmes d'une unité d'obstétrique. Le détail, y compris les durées mesurées dans l'étude SWAN, est dans l'article dédié.
Freeman EW, Sherif K. Prevalence of hot flushes and night sweats around the world: a systematic review. Climacteric 2007. PMID 17487647
À signaler au médecin, et ce qu'on peut noter avant
À signaler au médecin. De la fièvre (l'enquête sur les patients âgés lie les sueurs nocturnes à la fièvre avec le rapport de cotes le plus élevé), un amaigrissement sans raison, des ganglions, une toux qui dure, des sueurs qui trempent les draps presque chaque nuit depuis plusieurs semaines, des palpitations, une soif inhabituelle ou des ronflements forts avec pauses respiratoires. Cet article ne pose aucun diagnostic.
Un relevé de deux semaines aide beaucoup : la température et l'aération de la chambre, la literie, ce qui a été bu le soir (alcool compris), l'heure du réveil humide, les médicaments pris et l'état de santé de la veille. Le carnet de suivi du sommeil s'y prête, et l'article sur le réveil nocturne aide à replacer les réveils.
Ce que SleepTrace peut montrer, et ce qu'il ne peut pas
SleepTrace ne détecte ni la sueur ni la température de la chambre. L'application, disponible sur iPhone et sur Android, écoute la nuit avec le micro du téléphone (application ouverte, téléphone en charge) et estime les phases de sommeil à partir du son, ce qui reste une estimation. Elle repère le ronflement, la parole et la toux, avec l'heure, le pic en décibels et un court extrait à réécouter (3 par mois dans le plan gratuit) ; les pauses respiratoires possibles sont seulement datées, et l'indicateur d'apnée est un repérage, pas un diagnostic. Pour quelqu'un qui se réveille trempé, la question utile est de voir si ces nuits sont aussi celles où le ronflement est fort ou où des pauses respiratoires sont repérées, et de garder ces repères pour le médecin à côté des notes sur la chambre. Elle ne mesure ni les mouvements, ni la position, ni la température.
Questions fréquentes
Le plus souvent non. Une revue de 2012 qualifie les sueurs nocturnes de symptôme non spécifique, fréquent en médecine générale, et note que l'espérance de vie des patients concernés ne semblait pas réduite. De la fièvre, un amaigrissement inexpliqué ou des sueurs qui durent justifient un avis médical.
La chambre trop chaude ou humide, l'alcool, l'apnée du sommeil, certains médicaments, des infections, des troubles de la thyroïde ou du glucose, et chez la femme les hormones. Une revue de 2003 en dresse la liste ; c'est un médecin qui fait le tri.
Oui, d'après la cohorte islandaise : des sueurs fréquentes chez 30,6 % des hommes et 33,3 % des femmes apnéiques non traités, contre 9,3 % et 12,4 % en population générale.
L'alcool figure parmi les substances citées dans une revue de 2003 sur les sueurs nocturnes, et il perturbe la seconde moitié de la nuit selon une revue de 2013. Aucune des sources citées ne quantifie la sueur en fonction de la dose.
Oui : la chaleur augmente l'éveil et réduit le sommeil profond et paradoxal, et dans une étude sur 62 adultes l'efficacité du sommeil était plus basse de 3,4 % dans le cinquième des heures les plus chaudes.
En cas de fièvre, d'amaigrissement sans raison, de ganglions, de toux persistante, de sueurs qui trempent les draps presque chaque nuit depuis plusieurs semaines, de ronflements forts avec pauses respiratoires, ou si un nouveau médicament vient d'être introduit.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
Parmi les pistes à vérifier en premier figurent la chaleur de la chambre, l’alcool et l’apnée du sommeil. Sur ce dernier point, SleepTrace peut dater des pauses respiratoires possibles, comme repérage et non comme diagnostic. La sueur, la chaleur et l’alcool, il ne les mesure pas : à noter à côté, pour votre médecin.
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