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Apnée du sommeil et fatigue : maux de tête au réveil, vertiges, ce que les études relient vraiment

Se réveiller épuisé, avec un mal de tête, parfois étourdi : trois plaintes qu'on attribue au stress ou à l'âge. Les études donnent des chiffres précis sur ce qui relève de l'apnée, et sur ce qui n'en relève pas.

Par Jan Kohlhaas · 9 min de lecture · Mis à jour le 02/11/2026 · Information générale sur le bien-être, pas un diagnostic médical

La réponse courte

La fatigue est une plainte aussi courante que la somnolence dans l'apnée (57 à 62 % contre 47 % dans une série de 190 patients) et elle ne suit pas bien l'indice. Les maux de tête au réveil sont rapportés par 33,6 % des patients avec une apnée contre 8,9 % chez des témoins, et ils disparaissaient chez 90 % de ceux qui utilisaient un appareil. Les vertiges sont associés à l'apnée (risque multiplié par 1,71 dans une cohorte de 5 025 patients), sans que le lien de cause soit établi. Et chez environ 6 % des patients traités, la somnolence persiste malgré l'appareil sans autre explication connue.

Le réveil sans récupération, le mal de tête qui s'installe avant le premier café, parfois une sensation de flottement en se levant : pris séparément, ces signes passent pour un mauvais sommeil, du stress ou l'âge. Pris ensemble, ils figurent dans la liste d'ameli sur l'apnée du sommeil (fatigue, maux de tête surtout le matin). Ce texte regarde chacun avec les chiffres des études, y compris là où le lien est plus flou qu'on ne le dit.

Apnée du sommeil et fatigue : une plainte plus fréquente que la somnolence

On associe l'apnée à la somnolence, l'envie de dormir en pleine journée. Les patients, eux, parlent surtout d'autre chose. Dans la série de Chervin (190 patients adressés pour un enregistrement du sommeil, indice moyen de 32 événements par heure), la fatigue était citée par 57 % d'entre eux, la lassitude par 61 %, le manque d'énergie par 62 %, la somnolence par 47 %. Quand il fallait choisir la plainte principale, environ 40 % choisissaient le manque d'énergie, environ 22 % la somnolence. Les mesures objectives de somnolence et de gravité n'étaient presque pas liées à ces plaintes. Les femmes citaient chacune d'elles plus souvent que les hommes.

Chervin RD. Sleepiness, fatigue, tiredness, and lack of energy in obstructive sleep apnea. Chest 2000. PMID 10936127

Dans la population générale, la somnolence monte avec l'indice, mais en douceur : l'échelle d'Epworth passait de 7,2 à 9,3 entre les moins touchés et ceux dont l'indice dépassait 30 dans la Sleep Heart Health Study, détail dans les symptômes de l'apnée du sommeil. La fatigue ne prédit pas la gravité, et son absence n'écarte rien.

La fatigue qui reste malgré l'appareil

Une fatigue qui persiste sous traitement ne signifie pas forcément que l'appareil ne marche pas. Dans une étude française menée dans 37 centres du sommeil, 502 patients qui utilisaient leur appareil plus de 3 heures par nuit ont été revus après un an : 60 d'entre eux (12,0 %) restaient trop somnolents (score d'Epworth de 11 ou plus). En écartant ceux qui avaient aussi un syndrome des jambes sans repos, une dépression majeure ou une narcolepsie, la part tombait à 6,0 %. Les patients concernés étaient plus jeunes et déjà plus somnolents au diagnostic. Les auteurs en tirent un ordre de grandeur pour la France : plus de 13 800 personnes traitées par appareil pourraient avoir une somnolence résiduelle.

Pépin JL, Viot-Blanc V, Escourrou P, Racineux JL, Sapene M, Lévy P, Dervaux B, Lenne X, Mallart A. Prevalence of residual excessive sleepiness in CPAP-treated sleep apnoea patients: the French multicentre study. Eur Respir J 2009. PMID 19407048

Une fatigue chronique n'est pas toujours une apnée, et une apnée bien traitée n'explique pas toute fatigue. Quand le sommeil est haché sans pauses respiratoires, d'autres pistes existent (insomnie, nuits courtes, humeur) et la page fiche de suivi du sommeil propose un modèle pour les repérer.

Maux de tête au réveil, un signe classique mais moins spécifique qu'on ne le dit

Dans un centre du sommeil turc, 101 personnes sans apnée (indice sous 5) et 462 patients avec une apnée ont répondu à la même question. Le mal de tête au réveil était rapporté par 8,9 % des premières et 33,6 % des seconds, plus souvent dans les formes modérées et sévères. Il disparaissait totalement chez 90 % des patients traités par appareil à pression positive. Aucun paramètre de la nuit ne le déterminait à lui seul, et il se déclarait plus souvent chez les femmes et chez les personnes qui avaient des antécédents de maux de tête primaires.

Mal de tête au réveil selon la présence d'une apnée (%)Sans apnée (indice sous 5)8,9 %Apnée (indice 5 ou plus)33,6 %
Schéma réalisé par SleepTrace : part des personnes qui déclaraient des maux de tête au réveil, parmi 101 témoins sans apnée (9 personnes) et 462 patients avec une apnée (156 personnes), dans un centre du sommeil turc. La fréquence augmentait avec la gravité, mais aucune mesure de la nuit n'expliquait à elle seule le mal de tête. Données : Goksan et al., Cephalalgia 2009 (PMID 19187338). Étude de centre unique. Schéma SleepTrace.

Goksan B, Gunduz A, Karadeniz D, Ağan K, Tascilar FN, Tan F, Purisa S, Kaynak H. Morning headache in sleep apnoea: clinical and polysomnographic evaluation and response to nasal continuous positive airway pressure. Cephalalgia 2009. PMID 19187338

Une série italienne plus petite (56 patients avec une apnée, 50 avec une insomnie) donne le même ordre de grandeur sous un autre angle : un mal de tête était rapporté par 49 % des patients avec une apnée et 48 % de ceux avec une insomnie, mais au réveil par 74 % contre 40 %. Le mal de tête du matin semble donc plus lié à l'apnée qu'à l'insomnie, sans être propre à l'apnée.

Alberti A, Mazzotta G, Gallinella E, Sarchielli P. Headache characteristics in obstructive sleep apnea syndrome and insomnia. Acta Neurol Scand 2005. PMID 15819710

Une revue d'études de population nuance encore. Un mal de tête avec les caractéristiques de celui de l'apnée est observé chez 12 à 18 % des personnes avec une apnée, mais des maux de tête matinaux semblables touchent aussi 5 à 8 % de la population générale. Les personnes avec ce mal de tête passaient plus de temps sous 90 % de saturation en oxygène (23,1 minutes contre 1,9) que les personnes avec un simple mal de tête matinal, mais pas plus que les autres personnes avec une apnée. L'oxygène seul n'explique donc pas le mal de tête, et la revue ne retrouve pas de lien entre l'apnée et la migraine ou les céphalées de tension dans la population générale. La cause du mal de tête de l'apnée reste, selon ses auteurs, à élucider.

Russell MB, Kristiansen HA, Kværner KJ. Headache in sleep apnea syndrome: epidemiology and pathophysiology. Cephalalgia 2014. PMID 24928423

Un mal de tête violent, brutal, ou accompagné de fièvre, de faiblesse d'un côté du corps, d'un trouble de la parole ou de la vue, est une urgence : appelez le 15 ou le 112. Un mal de tête qui revient chaque matin mérite une consultation, avec ou sans ronflement. Aucun de ces signes ne suffit à lui seul pour conclure.

Vertiges et étourdissements, un lien récent aux études encore minces

C'est le signe le moins connu de la liste. Dans une cohorte de Taïwan, 5 025 patients nouvellement diagnostiqués d'une apnée ont été comparés à 20 100 personnes sans apnée appariées sur l'âge, le sexe et le niveau social. Le risque de vertige était multiplié par 1,71 (intervalle de 1,48 à 1,97) après ajustement, et le lien persistait dans des analyses tenant compte du diabète, de l'hypertension, d'un traumatisme crânien, d'un accident vasculaire cérébral et de l'obésité. Une revue de 21 études, publiée en 2025, conclut à une incidence plus élevée des vertiges chez les personnes avec une apnée, et à l'inverse à plus d'apnée chez celles qui ont des vertiges. Plusieurs études rapportaient une disparition totale ou partielle des vertiges sous appareil. Mais la plupart sont de petite taille et d'observation, et un effet de cause à effet reste à démontrer.

Tsai MS, Lee LA, Tsai YT, Yang YH, Liu CY, Lin MH, Hsu CM, Chen CK, Li HY. Sleep apnea and risk of vertigo: A nationwide population-based cohort study. Laryngoscope 2018. PMID 28771753

Kim E, Wi D, Kim Y, Lee J. Relationship between sleep apnea and dizziness: a scoping review. J Clin Sleep Med 2025. PMID 40207609

Un travail plus ancien et très petit allait dans le même sens : chez 46 patients consultant en neuro-otologie pour un vertige sans cause trouvée, la somnolence en journée et le risque d'apnée mesuré par questionnaires étaient plus élevés que chez 69 patients venus pour une perte d'audition sans vertige. Les auteurs parlent d'un lien « peut-être » à explorer, pas d'une démonstration.

Sowerby LJ, Rotenberg B, Brine M, George CF, Parnes LS. Sleep apnea, daytime somnolence, and idiopathic dizziness--a novel association. Laryngoscope 2010. PMID 20513051

Un vertige a de nombreuses causes, de l'oreille interne à la tension basse en passant par la déshydratation. L'apnée n'est qu'une piste parmi d'autres, à envisager si le vertige s'accompagne de ronflement, de pauses ou de fatigue.

Chez les femmes, des plaintes plus nombreuses et moins typiques

Deux des études déjà vues ressortent sur ce point. Dans la série de Chervin, les femmes citaient plus souvent chacune des plaintes de fatigue, de lassitude, de manque d'énergie et de somnolence. Dans la série turque, le mal de tête au réveil était plus souvent rapporté par les femmes. Si l'on cherche une apnée sur le seul ronflement ou la seule somnolence, on risque de passer à côté.

Fatigue ou somnolence : ce qu'une enquête de population ajoute

L'apnée du sommeil fatigue, mais la fatigue n'est pas un marqueur fiable de l'apnée. Dans un échantillon de population de 2 148 personnes de 30 à 70 ans (étude en deux phases : enregistrement portable pour tous, polysomnographie pour une partie), une somnolence diurne était rapportée par 18 % des participants et n'était pas associée à l'apnée-hypopnée. Le ronflement habituel (35 %) et les pauses respiratoires (6 %) l'étaient, eux, et plus souvent chez les hommes. Un indice d'apnées-hypopnées de 10 ou plus concernait 19 % des hommes et 15 % des femmes, et la fréquence de l'apnée augmentait avec l'âge (rapport de cotes de 2,2 par tranche de dix ans).

Durán J, Esnaola S, Rubio R, Iztueta A. Obstructive sleep apnea-hypopnea and related clinical features in a population-based sample of subjects aged 30 to 70 yr. Am J Respir Crit Care Med 2001. PMID 11254524

La somnolence ne résume pas l'apnée, pas plus que « apnée du sommeil maux de tete » ou « apnée du sommeil vertige » ne résument les autres plaintes : ce sont des signes parmi d'autres, à replacer dans l'ensemble. Une fatigue ou une somnolence seule ne permet ni de conclure à une apnée ni de l'écarter ; le ronflement habituel avec des pauses respiratoires reste, dans cette enquête, associé à l'apnée.

Noter ses matins avant d'en parler

Un médecin a besoin de répétitions, pas d'un matin. Pendant deux semaines, notez en vous levant : l'heure du réveil, la fatigue sur une échelle de 0 à 10, la présence d'un mal de tête ou d'un vertige, le moment de la journée où la somnolence apparaît. Si vous dormez seul, demandez à quelqu'un d'écouter une nuit ou deux.

À côté de ce journal, une application comme SleepTrace peut ajouter la partie sonore de la nuit : elle écoute avec le micro du téléphone (application ouverte, téléphone en charge) et marque les passages de ronflement avec leur heure. Elle ne perçoit ni le mal de tête, ni les vertiges, ni la fatigue, ce qui reste à noter à la main. Pour la suite, voir le test pour l'apnée du sommeil.

Questions fréquentes

Dans une série de 190 patients, le manque d'énergie (62 %), la lassitude (61 %) et la fatigue (57 %) étaient plus souvent cités que la somnolence (47 %). Ameli décrit un sommeil entrecoupé de micro-éveils à répétition et perçu comme non réparateur. La fatigue ne suit pas bien l'indice d'apnées : on peut être épuisé avec une apnée modérée.

Ils peuvent en être un : 33,6 % des patients avec une apnée en rapportaient contre 8,9 % chez des témoins, et ils disparaissaient chez 90 % des patients qui utilisaient un appareil. Mais des maux de tête matinaux semblables existent aussi chez 5 à 8 % de la population générale, et dans l'insomnie (40 % des cas au réveil). Un avis médical est nécessaire pour le tri.

C'est une possibilité, parmi d'autres. Une revue de 2014 rappelle qu'un mal de tête de type apnée du sommeil touche 12 à 18 % des personnes avec une apnée, sans lien trouvé entre l'apnée et la migraine ou les céphalées de tension. Un mal de tête quotidien mérite une consultation, avec ou sans ronflement.

Une association est rapportée : risque de vertige multiplié par 1,71 dans une cohorte de 5 025 patients, et plusieurs études où les vertiges diminuent sous appareil. Une revue de 21 études de 2025 souligne que la plupart sont petites et d'observation, un lien de cause à effet n'est pas démontré.

Parlez-en au médecin qui suit votre traitement : dans l'étude française de 502 patients traités plus de 3 heures par nuit, 12,0 % restaient trop somnolents, et 6,0 % sans autre cause identifiée (jambes sans repos, dépression majeure, narcolepsie). Le réglage ou le masque ne sont qu'une des pistes.

Seul un enregistrement du sommeil permet de le dire. Noter deux semaines de matins (réveil, fatigue sur 10, mal de tête, somnolence) et, si possible, ce qu'un proche entend la nuit aide à préparer la consultation.

Non. Dans un échantillon de population de 2 148 personnes, 18 % rapportaient une somnolence diurne et elle n'était pas associée à l'apnée-hypopnée, alors que le ronflement habituel et les pauses respiratoires l'étaient. C'est l'enregistrement du sommeil qui tranche, pas la somnolence seule.

SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.


Un mal de tête au réveil peut avoir bien des causes, et SleepTrace n’en mesure aucune directement. Il vous dit seulement ce que le son a capté : ronflements, toux, paroles, pauses respiratoires possibles. Si ces repères reviennent, ils donnent au médecin quelque chose de concret ; ils ne remplacent ni une consultation ni un examen.

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