Aucun questionnaire ni application ne diagnostique l'apnée du sommeil : la recommandation de l'American Academy of Sleep Medicine, de niveau fort, demande une polysomnographie ou un enregistrement à domicile avec un appareil adapté. Les questionnaires (Epworth, STOP, Berlin) servent à décider s'il faut passer l'examen, pas à conclure : le questionnaire STOP repère 65,6 % des apnées d'IAH supérieur à 5 et 79,5 % de celles supérieures à 30. Un enregistrement audio de vos nuits ne remplace rien, mais donne au médecin quelque chose d'écoutable.
Il existe des dizaines de « tests d'apnée du sommeil » en ligne. Dix questions, un score, et la mention « risque élevé ». Ils ont leur utilité, mais ils ne diagnostiquent rien, et ce n'est pas un avis de prudence : c'est la position ferme des sociétés savantes. Voici ce qui compte comme un vrai examen, ce que valent les questionnaires, et comment arriver au rendez-vous avec autre chose que des impressions.
Test pour apnée du sommeil : ce qui pose le diagnostic et ce qui n'en est pas un
La recommandation de l'American Academy of Sleep Medicine pour le diagnostic de l'apnée obstructive chez l'adulte (2017) est sans ambiguïté sur plusieurs points, dont quatre sont notés « forts » :
- Les outils cliniques, questionnaires et algorithmes de prédiction ne doivent pas servir à diagnostiquer l'apnée en l'absence d'une polysomnographie ou d'un enregistrement à domicile.
- La polysomnographie, ou un enregistrement à domicile avec un appareil techniquement adéquat, est recommandée pour les adultes sans complication qui présentent des signes évoquant une apnée modérée à sévère.
- Si un seul enregistrement à domicile est négatif, non concluant ou techniquement insuffisant, on passe à la polysomnographie.
La polysomnographie est préférée à l'enregistrement à domicile en cas de maladie cardiorespiratoire importante, de faiblesse des muscles respiratoires d'origine neuromusculaire, d'hypoventilation, de traitement chronique par opioïdes, d'antécédent d'AVC ou d'insomnie sévère. Le texte rappelle aussi que le test se fait dans le cadre d'une évaluation complète du sommeil avec un suivi.
Kapur VK, Auckley DH, Chowdhuri S, Kuhlmann DC, Mehra R, Ramar K, Harrod CG. Clinical Practice Guideline for Diagnostic Testing for Adult Obstructive Sleep Apnea: An American Academy of Sleep Medicine Clinical Practice Guideline. J Clin Sleep Med 2017. PMID 28162150
En pratique, en France, le parcours ressemble à ce que décrivent ces recommandations : une prescription par un médecin, une polygraphie ventilatoire à domicile ou une polysomnographie dans un centre du sommeil, puis une lecture par un spécialiste. Les modalités précises (qui prescrit, où, quelle prise en charge) changent selon les régions et les situations : votre médecin traitant est le bon premier interlocuteur.
Les questionnaires : utiles pour décider d'en parler, pas pour conclure
Trois questionnaires reviennent partout. Ils n'ont pas été conçus pour la même chose.
L'échelle d'Epworth. Huit situations de la vie courante (lire, regarder la télévision, être passager d'une voiture) et pour chacune, la probabilité de s'assoupir. Elle mesure la somnolence, pas l'apnée. Dans l'étude de départ (180 adultes dont 30 témoins), le score distinguait les personnes normales de celles avec une apnée obstructive, une narcolepsie ou une hypersomnie, et il était corrélé à l'indice de perturbation respiratoire. Détail qui compte : le score de ceux qui ronflaient simplement ne différait pas de celui des témoins. On peut faire le questionnaire sur la page échelle de somnolence d'Epworth, en gardant en tête que le score dit « vous êtes somnolent », pas « vous avez une apnée ».
Johns MW. A new method for measuring daytime sleepiness: the Epworth sleepiness scale. Sleep 1991. PMID 1798888
Le questionnaire STOP (dont dérive STOP-Bang). Quatre questions : ronflement, fatigue, pauses observées, tension. Dans l'étude de validation, menée chez des patients vus en consultation préopératoire (2 467 questionnaires, 177 patients enregistrés pour la validation), sa sensibilité était de 65,6 % pour un IAH supérieur à 5, de 74,3 % au-dessus de 15 et de 79,5 % au-dessus de 30. Autrement dit, il laisse passer une apnée sur cinq même à un stade sévère. Avec l'indice de masse corporelle, l'âge, le tour de cou et le sexe, la sensibilité monte à 83,6 %, 92,9 % et 100 %. Ce type d'outil sert à repérer qui mérite un enregistrement : un « test négatif » ne rassure pas à coup sûr, un « test positif » ne diagnostique pas.
Chung F, Yegneswaran B, Liao P, Chung SA, Vairavanathan S, Islam S, Khajehdehi A, Shapiro CM. STOP questionnaire: a tool to screen patients for obstructive sleep apnea. Anesthesiology 2008. PMID 18431116
Le questionnaire de Berlin. Il croise ronflement, somnolence et tension. Dans la publication d'origine, 744 personnes l'ont rempli et 37,5 % se sont retrouvées dans le groupe à risque élevé. Parmi les 100 qui ont passé un enregistrement, être à risque élevé prédisait un indice supérieur à 5 avec une sensibilité de 0,86 et une spécificité de 0,77. Environ une apnée sur sept (14 %) échappait donc au questionnaire, et près d'une personne sur quatre sans apnée (1 moins 0,77) était classée à risque à tort.
Netzer NC, Stoohs RA, Netzer CM, Clark K, Strohl KP. Using the Berlin Questionnaire to identify patients at risk for the sleep apnea syndrome. Ann Intern Med 1999. PMID 10507956
Comment savoir si on fait de l'apnée du sommeil : les signaux qui justifient l'examen
Derrière cette question, on cherche en réalité un signal : à partir de quand faut-il s'inquiéter ? Les signaux qui reviennent le plus souvent sont les suivants :
- un ronflement fort et régulier, surtout s'il s'interrompt par des silences suivis d'une reprise bruyante ;
- des pauses respiratoires remarquées par un proche (ou entendues sur un enregistrement) ;
- une somnolence dans la journée, malgré des nuits de durée suffisante ;
- des réveils avec la bouche sèche, un mal de tête au réveil, ou la sensation de s'être étouffé ;
- une tension artérielle élevée ou difficile à équilibrer ;
- des levers fréquents la nuit pour uriner.
Ce n'est pas une liste de diagnostic. Chacun de ces signes a d'autres explications possibles, et l'apnée peut exister sans aucun d'eux, notamment chez les femmes (voir les symptômes de l'apnée du sommeil chez la femme). Si plusieurs vous parlent, c'est une raison d'en discuter avec un médecin, pas de conclure seul.
Qui consulter pour une apnée du sommeil, et où passer l'examen
La question de savoir qui consulter vient presque toujours juste après le doute. Le point de départ est le médecin traitant : il pose les questions, regarde la tension et le poids, et décide s'il faut orienter. Selon les cas, l'examen est demandé ou interprété par un pneumologue, un ORL, un neurologue ou dans un centre du sommeil. Si vous vous demandez quel spécialiste voir, la réponse n'est pas unique : elle dépend de vos antécédents (problème nasal ou de gorge, maladie respiratoire, autre trouble du sommeil). Pour le ronflement seul, la page qui consulter pour ronflement détaille le parcours. Dans tous les cas, demandez à votre médecin de vous adresser : c'est la voie la plus courte.
Pour l'examen lui-même, deux formes existent : un appareil que l'on porte une nuit chez soi (capteurs de respiration, de pouls et d'oxygène) ou une nuit complète en centre, avec en plus l'activité du cerveau. Le résultat est un indice d'apnées-hypopnées par heure ; les seuils de 5, 15 et 30 sont ceux qui définissent les formes légère, modérée et sévère. Ce chiffre est ensuite lu avec vos symptômes, pas seul.
Une nuit suffit-elle ?
Un résultat d'une nuit est une photo, pas un verdict (les enjeux du risque sont dans apnée du sommeil et espérance de vie). Une étude de 2026 sur 147 personnes avec une apnée modérée à sévère connue ou fortement probable, enregistrées deux fois en moins de 10 jours, a mesuré la stabilité du classement. Avec la définition la plus courante (hypopnées à 3 % de désaturation ou micro-éveil), les deux nuits donnaient un classement différent dans 21,2 % des cas, et 5,4 % au seuil entre forme légère et modérée-sévère. Avec une autre définition (4 %), le désaccord montait à 29,9 % et 14,3 %. Les mesures d'oxygénation étaient les plus stables d'une nuit à l'autre, la fréquence des événements respiratoires moins.
Alavi A, Costa E, Matsumoto MMS, Odenwald N, Kushida C, Bahmani A, Capasso R. Comprehensive Evaluation of Night-to-Night Variability in Polysomnography Metrics and Apnea-Hypopnea Index-Based Diagnostic Reclassification. Chest 2026. PMID 42302984
Pour vous, cela a deux conséquences. Si le résultat d'une nuit tombe près d'un seuil, il est normal que le médecin discute plutôt qu'il ne tranche. Et si vous voulez regarder vos propres nuits, une seule ne dit presque rien : plusieurs nuits ordinaires valent mieux qu'une nuit « test ».
Ce que votre téléphone peut faire, et ce qu'il ne peut pas
SleepTrace enregistre le son de la nuit avec le micro du téléphone, repère les phases de ronflement et les pauses respiratoires possibles, et les rend réécoutables avec l'heure. Cela ne remplace pas l'examen, et l'application n'est pas un dispositif médical. Elle peut en revanche faire gagner du temps : un médecin qui entend vingt secondes de ronflement ponctué d'un silence et d'une reprise haletante sait mieux quoi demander. Autre intérêt : les personnes qui dorment seules n'ont personne pour témoigner.
Ce que vaut un téléphone pour cela a été testé dans une étude de 50 patients (10 pour mettre au point le programme, 40 pour le valider), le smartphone posé sur le sternum pendant une polysomnographie. Pour repérer une apnée avec un IAH de 15 ou plus, la sensibilité était de 0,70 et la spécificité de 0,94. Les auteurs écrivent eux-mêmes que le résultat vaut pour un laboratoire contrôlé et que, dans un environnement domestique bruyant, il reste à démontrer. Une application posée sur une table de chevet, dans une chambre avec un ventilateur, un conjoint qui ronfle ou une rue animée, fera donc moins bien. C'est la raison de la page méthodologie : dire ce que l'analyse estime, et ce qu'elle ne sait pas faire.
Nakano H, Hirayama K, Sadamitsu Y, Toshimitsu A, Fujita H, Shin S, Tanigawa T. Monitoring sound to quantify snoring and sleep apnea severity using a smartphone: proof of concept. J Clin Sleep Med 2014. PMID 24426823
Préparer le rendez-vous avec vos propres nuits
Voici un protocole simple, qui ne coûte rien et rend la consultation plus précise :
- Plusieurs nuits, pas une. Cinq à sept nuits ordinaires, avec les habitudes habituelles. Notez les soirs avec alcool, car il peut accentuer le ronflement et changer le sommeil.
- Un téléphone au même endroit. Posé à portée de la tête, branché sur le chargeur. Même position chaque nuit pour pouvoir comparer.
- Écoutez les passages marqués. Cherchez le motif décrit dans ronflement ou apnée du sommeil : ronflement, silence, reprise bruyante, et ce plusieurs fois par heure.
- Gardez deux ou trois extraits à faire écouter, avec l'heure, et notez les symptômes de la journée.
Et si l'enregistrement ne montre rien d'évocateur alors que vous êtes épuisé, ne vous arrêtez pas là : une apnée sans ronflement net existe, et d'autres causes de fatigue aussi. Le résultat de l'application est un indice, pas un « tout va bien ».
Questions fréquentes
Non. Un questionnaire en ligne repère un risque, il ne pose pas de diagnostic. Le questionnaire STOP, par exemple, laisse passer environ une apnée sévère sur cinq (sensibilité de 79,5 % pour un IAH supérieur à 30). Le diagnostic repose sur une polysomnographie ou un enregistrement à domicile adapté, prescrit et lu par un médecin.
Le médecin traitant est le premier interlocuteur. Selon la situation, il oriente vers un pneumologue, un ORL, un neurologue ou un centre du sommeil. L'examen peut se faire à domicile avec un appareil que l'on porte une nuit, ou en centre avec une polysomnographie complète.
Un enregistrement à domicile reconnu se fait avec un appareil prescrit par un médecin (capteurs de respiration, de pouls et d'oxygène). Une application qui écoute le ronflement ne le remplace pas : elle peut seulement vous donner des extraits à faire écouter lors de la consultation.
Une seule nuit donne une photo incertaine : dans une étude de 2026, deux polysomnographies à moins de 10 jours d'écart donnaient un classement différent dans 21,2 % des cas. Si vous enregistrez vos propres nuits avec le téléphone, cinq à sept nuits ordinaires sont plus parlantes qu'une seule.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
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