Environ une femme sur trois dit ronfler, un peu moins que les hommes, mais pas rarement. Les mécanismes sont les mêmes que chez l'homme ; deux moments pèsent en plus : la ménopause (le risque de troubles respiratoires du sommeil augmente, indépendamment de l'âge et du poids) et la grossesse (le ronflement devient plus fréquent en fin de grossesse). Le ronflement féminin est plus souvent pris pour de l'insomnie ou de la fatigue. Si vous ronflez et que vous êtes épuisée, ou si le ronflement est apparu pendant la grossesse, parlez-en à un médecin.
Sur le forum, la question est presque toujours posée de la même façon : « Mon mari dit que je ronfle, c'est normal pour une femme ? » Normal, oui, au sens où ça arrive à beaucoup de monde. Discret, pas toujours. Ce qui change entre les sexes, ce n'est pas le mécanisme du ronflement. C'est le moment où il apparaît, la façon dont on le repère, et ce qu'on met sur le compte du reste : la fatigue, le stress, les hormones, un sommeil « agité ».
Ronflement femme : moins fréquent, mais loin d'être rare
Dans une enquête en ligne auprès de 1 239 adultes de la population britannique, 30,4 % des femmes déclaraient ronfler la nuit, contre 38 % des hommes. Et 5,6 % des femmes (8,7 % des hommes) disaient s'arrêter de respirer pendant la nuit. Ce sont des réponses à un questionnaire, pas des mesures, mais l'ordre de grandeur est clair : le ronflement féminin est courant.
Lechner M, Breeze CE, Ohayon MM, Kotecha B. Snoring and breathing pauses during sleep: interview survey of a United Kingdom population sample reveals a significant increase in the rates of sleep apnoea and obesity over the last 20 years - data from the UK sleep survey. Sleep Med 2019. PMID 30597439
Quand on remplace le questionnaire par une nuit en laboratoire, l'écart entre les sexes apparaît nettement, mais le chiffre pour les femmes reste loin de zéro. Dans la cohorte du Wisconsin (602 adultes de 30 à 60 ans, en activité), des troubles respiratoires du sommeil (au moins 5 événements par heure) étaient estimés chez 9 % des femmes et 24 % des hommes. Les auteurs écrivaient que la prévalence des troubles non diagnostiqués était élevée chez l'homme et « beaucoup plus élevée qu'on ne le pensait » chez la femme.
Young T, Palta M, Dempsey J, Skatrud J, Weber S, Badr S. The occurrence of sleep-disordered breathing among middle-aged adults. N Engl J Med 1993. PMID 8464434
Les causes du ronflement chez la femme : les mêmes mécanismes, plus deux tournants
Le mécanisme de base ne change pas : un passage qui se rétrécit pendant le sommeil et des tissus de la gorge qui vibrent (nous l'expliquons dans la cause du ronflement). Chez la femme comme chez l'homme, le poids, l'âge, le tabac et un nez bouché jouent. Ce qu'on retrouve en plus dans la littérature, c'est que deux périodes de vie sont associées à plus de ronflement et de troubles respiratoires.
Chez une femme jeune, on commence par les pistes valables pour tout le monde : poids, nez bouché, alcool du soir, tabac. Les tournants hormonaux viennent s'ajouter à cette base plus tard. Aucune des études citées ici n'a testé ces pistes une par une chez des femmes de vingt ans, c'est un ordre de lecture, pas un résultat.
Après la ménopause : ce que montre la cohorte du Wisconsin
La ménopause est souvent citée comme facteur de risque de ronflement et d'apnée, mais l'hypothèse avait longtemps manqué de tests solides. Une analyse de 589 femmes de la même cohorte, avec nuit en laboratoire, a comparé les femmes avant la ménopause, en périménopause et après la ménopause. Après ajustement sur l'âge, la corpulence et le tabac, les femmes ménopausées avaient 2,6 fois plus de chances (intervalle de confiance à 95 % : 1,4 à 4,8) d'avoir au moins 5 événements respiratoires par heure, et 3,5 fois plus de chances (1,4 à 8,8) d'en avoir au moins 15. Pour la périménopause, la différence n'était pas significative.
Young T, Finn L, Austin D, Peterson A. Menopausal status and sleep-disordered breathing in the Wisconsin Sleep Cohort Study. Am J Respir Crit Care Med 2003. PMID 12615621
Les auteurs en tirent une consigne simple : chez une femme ménopausée qui se plaint de ronflement, de somnolence ou d'un sommeil peu satisfaisant, il faut penser à chercher des troubles respiratoires. Pour une femme ménopausée qui ronfle, retenez cette formulation : l'association existe, elle est indépendante de l'âge et du poids, elle ne prouve pas que les hormones soient la cause, et l'étude ne dit rien d'un traitement. L'Assurance Maladie note aussi, sur sa page consacrée au ronflement, que la fréquence augmente après la ménopause.
Grossesse : un ronflement nouveau est un signal à ne pas écarter
Dans une maternité suédoise, 502 femmes ont rempli un questionnaire le jour de l'accouchement. Pendant la dernière semaine de grossesse, 23 % disaient ronfler toutes les nuits, contre 4 % avant de tomber enceinte. Les femmes qui ronflaient avaient plus souvent de l'hypertension (14 % contre 6 %), de la pré-éclampsie (10 % contre 4 %), et leurs bébés étaient plus souvent petits pour l'âge gestationnel (7,1 % contre 2,6 %). Le ronflement habituel restait associé à l'hypertension et au retard de croissance après ajustement sur le poids, l'âge et le tabac.
Franklin KA, Holmgren PA, Jönsson F, Poromaa N, Stenlund H, Svanborg E. Snoring, pregnancy-induced hypertension, and growth retardation of the fetus. Chest 2000. PMID 10631211
Cette étude est rétrospective, avec des réponses par questionnaire le jour de la naissance : elle montre une association, pas que le ronflement cause l'hypertension. Une autre étude, prospective, a suivi 105 femmes enceintes avec une nuit de mesure au premier puis au troisième trimestre. L'indice d'événements respiratoires moyen passait de 2,07 à 3,74 par heure, et la part de femmes avec une apnée obstructive de 10,5 % à 26,7 %. Les facteurs liés à cette évolution étaient l'indice de masse corporelle de départ et l'âge de la mère.
Pien GW, Pack AI, Jackson N, Maislin G, Macones GA, Schwab RJ. Risk factors for sleep-disordered breathing in pregnancy. Thorax 2014. PMID 24262432
Enceinte, ronflement nouveau. Un ronflement apparu pendant la grossesse n'est pas à traiter par soi-même. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin, surtout s'il s'accompagne de maux de tête, d'un gonflement soudain ou d'une tension élevée. C'est un sujet qui se surveille, pas un sujet à s'interdire par peur.
Pourquoi le ronflement féminin passe plus souvent inaperçu
Trois constats se superposent. D'abord, le témoin. Une étude de couples mariés a comparé ce que chaque conjoint déclare : pour les hommes, le conjoint rapportait plus de ronflement que l'homme lui-même ; pour les femmes, c'était l'inverse, les estimations par le conjoint étaient systématiquement plus basses que l'auto-déclaration. Le ronflement d'une femme est donc plus facilement sous-estimé par l'entourage, ou minimisé.
Wiggins CL, Schmidt-Nowara WW, Coultas DB, Samet JM. Comparison of self- and spouse reports of snoring and other symptoms associated with sleep apnea syndrome. Sleep 1990. PMID 2356396
Ensuite, les symptômes. Dans la cohorte du Wisconsin (388 femmes et 551 hommes, aucun n'avait de diagnostic), les femmes qui avaient une apnée du sommeil ne rapportaient pas de symptômes significativement différents de ceux des hommes au même niveau de gravité, et le ronflement restait le meilleur prédicteur pour les deux sexes. Les auteurs écartaient donc l'idée que les critères d'évaluation ne vaudraient que pour les hommes, et proposaient une autre piste, à explorer : des professionnels de santé qui négligeraient des symptômes typiques chez la femme.
Young T, Hutton R, Finn L, Badr S, Palta M. The gender bias in sleep apnea diagnosis. Are women missed because they have different symptoms? Arch Intern Med 1996. PMID 8944737
Enfin, ce qui est dit au médecin. Dans une étude de dossiers, 130 femmes avec une apnée du sommeil ont été comparées à 130 hommes de même âge, même corpulence, même gravité. Le ronflement et la somnolence étaient aussi fréquents des deux côtés, mais les femmes décrivaient plus souvent leur symptôme principal comme de l'insomnie (rapport de cotes 4,20) et avaient plus souvent des antécédents de dépression (4,60) ou d'hypothyroïdie (5,60). Autrement dit, la même maladie arrive au cabinet sous une autre étiquette. Quand un ronflement s'accompagne d'une fatigue qui ne s'explique pas, c'est une raison de plus de poser la question du sommeil, pas seulement celle du moral.
Shepertycky MR, Banno K, Kryger MH. Differences between men and women in the clinical presentation of patients diagnosed with obstructive sleep apnea syndrome. Sleep 2005. PMID 16173651
Quand personne ne vous entend : commencer par un témoin
Beaucoup de femmes qui ronflent dorment seules, ou avec quelqu'un qui dort trop profondément pour les entendre. Sans témoin, on ne sait pas si on ronfle, ni quand. L'enregistrement fait office de témoin. Avec SleepTrace (analyse sur l'appareil), le téléphone posé à côté du lit repère les passages de ronflement, avec l'heure, et on peut les réécouter le lendemain. L'application n'est pas un dispositif médical et ne pose aucun diagnostic : elle montre ce qui s'est passé pendant la nuit.
Que faire une fois qu'on a vu que le ronflement existe ? Les mêmes premières mesures que pour tout le monde : alcool, position, nez, poids, et leur effet comparé sur quelques nuits. Nous les passons en revue dans ronflement : que faire sans produit. Et si l'enregistrement montre des silences suivis d'une reprise bruyante, ou si vous êtes épuisée malgré une nuit complète, l'étape suivante n'est pas un autre essai : c'est un rendez-vous, détaillé dans qui consulter pour un ronflement.
Un dernier mot sur la valeur de tout cela : presque toutes ces études viennent d'Amérique du Nord, du Royaume-Uni ou de Suède, certaines portent sur quelques centaines de personnes, aucune n'a testé de remède. Elles disent ce qui accompagne le ronflement des femmes, pas ce qui le provoque chez vous.
Questions fréquentes
C'est courant : dans une enquête britannique, 30,4 % des femmes disaient ronfler la nuit, contre 38 % des hommes. Ce n'est pas une maladie en soi. C'est une raison de regarder plus attentivement si le ronflement est accompagné de pauses respiratoires, de fatigue marquée ou de maux de tête au réveil.
Le mécanisme est le même : un passage qui se rétrécit pendant le sommeil. Ce qui s'ajoute chez la femme, ce sont deux périodes associées à plus de troubles respiratoires, la ménopause et la fin de la grossesse, et le fait que le ronflement est plus souvent attribué à autre chose, comme l'insomnie.
Dans la cohorte du Wisconsin, les femmes ménopausées avaient 2,6 fois plus de chances d'avoir au moins 5 événements respiratoires par heure, indépendamment de l'âge et de la corpulence. L'étude montre une association : elle ne prouve pas que les hormones sont la cause.
Le ronflement augmente en fin de grossesse (23 % des femmes dans une étude suédoise, contre 4 % avant). Il était associé à plus d'hypertension et de pré-éclampsie. Ce n'est pas une raison de paniquer, mais une raison d'en parler à la sage-femme ou au médecin.
Enregistrer la nuit, parce qu'il n'y a pas de témoin. Une application peut repérer les passages de ronflement et vous laisser les réécouter. Si vous entendez des silences suivis d'une reprise bruyante, ou si vous êtes très fatiguée, prenez rendez-vous avec votre médecin traitant.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
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