Selon ameli, l'apnée est sévère quand l'indice dépasse 30 événements par heure de sommeil (légère de 5 à 15, modérée de 16 à 30). Ce classement n'est pas fixe : sur 147 patients enregistrés deux fois, 5,4 à 20,9 % changeaient de catégorie au seuil modéré-sévère selon l'intervalle et la règle de comptage, et les symptômes ne suivent pas l'indice (24,7 % des 822 patients avec une apnée modérée à sévère se plaignaient de presque rien). Le risque de décès toutes causes était multiplié par 1,46 à partir de 30 événements par heure, et la charge en hypoxie prédit la mortalité cardiovasculaire mieux que l'indice.
Un compte rendu d'enregistrement du sommeil qui parle d'apnée sévère donne un chiffre, et ce chiffre a l'air définitif. Il l'est moins qu'on ne le croit : il dépend de la nuit choisie, de la règle de comptage, et il ne dit ni ce que vous ressentez ni, à lui seul, ce que votre cœur risque. Ce texte replace ce nombre dans les études.
Apnée du sommeil sévère : un seuil de 30 événements par heure, et ce que « par heure » veut dire
L'indice d'apnées-hypopnées compte les pauses complètes (apnées) et les baisses partielles du souffle (hypopnées) par heure de sommeil. D'après la page d'ameli sur les symptômes, consultée le 2 novembre 2026, l'apnée est légère entre 5 et 15 événements par heure, modérée entre 16 et 30, et sévère au-dessus de 30. À 30 par heure, cela fait un événement toutes les deux minutes en moyenne. À 80 par heure, un toutes les 45 secondes : sur une nuit de sept heures de sommeil, 560 événements. Un indice de cet ordre est possible, mais rien ne permet d'en déduire à lui seul le niveau de symptômes ou de risque.
Le seuil de 5 est celui du diagnostic. Pour la mortalité, les cohortes ne montrent un risque net que bien plus haut.
Le nombre de personnes concernées par les formes modérées à sévères (indice de 15 ou plus) a été estimé à partir de la cohorte du Wisconsin : 10 % des hommes de 30 à 49 ans, 17 % de ceux de 50 à 70 ans, 3 % des femmes de 30 à 49 ans et 9 % de celles de 50 à 70 ans. Ces estimations, publiées en 2013, s'appuient sur la répartition de l'indice de masse corporelle aux États-Unis, et elles ne séparent pas la part sévère.
Peppard PE, Young T, Barnet JH, Palta M, Hagen EW, Hla KM. Increased prevalence of sleep-disordered breathing in adults. Am J Epidemiol 2013. PMID 23589584
Le classement change d'une nuit à l'autre, et d'une règle de comptage à l'autre
Une étude publiée en 2026 a enregistré 147 patients avec une apnée modérée à sévère connue ou très probable, deux fois à moins de dix jours d'intervalle. Parmi les 20 mesures suivies, l'oxygène moyen, l'oxygène minimal et la charge en hypoxie variaient peu d'une nuit à l'autre. Les mesures de fréquence des événements respiratoires, dont l'indice, variaient de façon intermédiaire. Avec la règle de comptage des hypopnées fondée sur une baisse d'oxygène de 4 %, 14,3 % des patients changeaient de catégorie au seuil modéré-sévère entre les deux nuits rapprochées, contre 5,4 % avec la règle de 3 % ou micro-éveil. Dans la comparaison dite longitudinale de l'étude, ces chiffres montent à 20,9 % et 8,2 %.
Autre enseignement : un indice de 18,4 à 22,3 avec la règle à 4 % équivaut à 30 avec la règle à 3 % ou micro-éveil, et un indice de 6,1 à 6,9 à 4 % à un indice de 15. Le même patient peut donc être classé « sévère » ou « modéré » selon le laboratoire qui compte, et selon la nuit enregistrée.
Alavi A, Costa E, Matsumoto MMS, Odenwald N, Kushida C, Bahmani A, Capasso R. Comprehensive Evaluation of Night-to-Night Variability in Polysomnography Metrics and Apnea-Hypopnea Index-Based Diagnostic Reclassification. Chest 2026. PMID 42302984
Les symptômes d'une apnée du sommeil sévère ne suivent pas l'indice
On imagine qu'une apnée sévère écrase la journée et qu'une apnée légère passe inaperçue. Les chiffres disent autre chose. Dans la cohorte islandaise de 822 patients avec une apnée modérée à sévère, le groupe des « peu symptomatiques » représentait 24,7 %, et les trois profils de symptômes ne différaient pas par l'indice d'apnées-hypopnées. Dans la série de Chervin, les mesures objectives de gravité et de somnolence n'étaient presque pas liées aux plaintes de fatigue, de lassitude ou de manque d'énergie. Dans la Sleep Heart Health Study, le score d'Epworth moyen passait de 7,2 pour un indice sous 5 à 9,3 pour un indice de 30 ou plus, une hausse modeste.
Ye L, Pien GW, Ratcliffe SJ, Björnsdottir E, Arnardottir ES, Pack AI, Benediktsdottir B, Gislason T. The different clinical faces of obstructive sleep apnoea: a cluster analysis. Eur Respir J 2014. PMID 25186268
La liste complète des symptômes est dans les symptômes de l'apnée du sommeil. Un ronflement fort sans somnolence n'écarte rien, et une fatigue importante avec un indice modéré n'a rien d'un faux symptôme.
Pour la mortalité, le seuil de 30 compte, celui de 5 beaucoup moins
Dans la Sleep Heart Health Study (6 441 adultes, 1 047 décès), le risque de décès toutes causes était de 0,93 pour un indice de 5 à 15, 1,17 pour 15 à 30 (aucun des deux significatif) et 1,46 à partir de 30 (intervalle de 1,14 à 1,86). Dans la cohorte du Wisconsin, 3,0 pour l'apnée sévère par rapport à l'absence d'apnée. Une analyse de 10 701 adultes a retrouvé une mort cardiaque subite plus fréquente à partir d'un indice supérieur à 20 (risque multiplié par 1,60). Chez les hommes de 40 à 70 ans sans maladie du cœur au départ, un indice de 30 ou plus allait avec 68 % de risque en plus de développer une maladie coronaire par rapport à un indice sous 5, un lien que les auteurs jugent équivoque dans leur échantillon. Les limites de ces cohortes sont discutées dans apnée du sommeil et espérance de vie.
Young T, Finn L, Peppard PE, Szklo-Coxe M, Austin D, Nieto FJ, Stubbs R, Hla KM. Sleep disordered breathing and mortality: eighteen-year follow-up of the Wisconsin sleep cohort. Sleep 2008. PMID 18714778
Gami AS, Olson EJ, Shen WK, Wright RS, Ballman KV, Hodge DO, Herges RM, Howard DE, Somers VK. Obstructive sleep apnea and the risk of sudden cardiac death: a longitudinal study of 10,701 adults. J Am Coll Cardiol 2013. PMID 23770166
Gottlieb DJ, Yenokyan G, Newman AB, O'Connor GT, Punjabi NM, Quan SF, Redline S, Resnick HE, Tong EK, Diener-West M, Shahar E. Prospective study of obstructive sleep apnea and incident coronary heart disease and heart failure: the sleep heart health study. Circulation 2010. PMID 20625114
Punjabi NM, Caffo BS, Goodwin JL, Gottlieb DJ, Newman AB, O'Connor GT, Rapoport DM, Redline S, Resnick HE, Robbins JA, Shahar E, Unruh ML, Samet JM. Sleep-disordered breathing and mortality: a prospective cohort study. PLoS Med 2009. PMID 19688045
Au-delà de l'indice, la profondeur des baisses d'oxygène
L'indice compte les événements, pas leur gravité. Une étude sur deux cohortes (2 743 hommes d'âge moyen 76 ans, puis 5 111 adultes de la Sleep Heart Health Study) a mesuré la « charge en hypoxie », l'aire sous la courbe des baisses d'oxygène associées aux événements respiratoires. Contrairement à l'indice, elle prédisait la mortalité d'origine cardiovasculaire : risque multiplié par 1,81 puis 2,73 pour les deux quintiles les plus élevés chez les hommes, 1,96 pour le quintile le plus élevé dans la seconde cohorte. Les auteurs en déduisent que la profondeur et la durée des obstructions comptent, pas seulement leur nombre. Cette mesure est encore peu utilisée en consultation courante.
Azarbarzin A, Sands SA, Stone KL, Taranto-Montemurro L, Messineo L, Terrill PI, Ancoli-Israel S, Ensrud K, Purcell S, White DP, Redline S, Wellman A. The hypoxic burden of sleep apnoea predicts cardiovascular disease-related mortality: the Osteoporotic Fractures in Men Study and the Sleep Heart Health Study. Eur Heart J 2019. PMID 30376054
Les questions à poser devant un diagnostic « sévère »
Le traitement se décide avec le médecin, d'après la gravité, les symptômes et les autres maladies. Pour que la discussion soit utile, quelques questions : quelle règle de comptage des hypopnées le compte rendu utilise-t-il, l'enregistrement a-t-il porté sur une nuit ou plusieurs, quelle est la saturation minimale et le temps passé sous 90 %, y a-t-il une tension ou un rythme du cœur à surveiller, et quand l'examen sera-t-il refait pour vérifier l'effet du traitement ?
Quels symptômes pour une apnée du sommeil sévère ? Quatre profils, des risques différents
La recherche « apnée du sommeil sévère symptome » suppose un tableau unique. La Sleep Heart Health Study en a trouvé quatre chez 1 207 personnes avec un indice d'au moins 15 (apnée modérée à sévère) : sommeil perturbé (12,2 %), peu de symptômes (32,6 %), somnolence excessive (16,7 %) et somnolence modérée (38,5 %). Le profil de somnolence excessive allait avec un risque d'insuffisance cardiaque déjà présente plus de trois fois supérieur à celui de chacun des autres profils, et le profil de symptômes était aussi associé aux événements cardiovasculaires survenus pendant le suivi.
Mazzotti DR, Keenan BT, Lim DC, Gottlieb DJ, Kim J, Pack AI. Symptom Subtypes of Obstructive Sleep Apnea Predict Incidence of Cardiovascular Outcomes. Am J Respir Crit Care Med 2019. PMID 30764637
Les symptômes ne remplacent donc pas l'indice, ils s'y ajoutent : deux personnes avec le même indice peuvent avoir des risques différents. Comment lire ce profil se discute avec le médecin qui a le compte rendu en main.
Cet article ne pose aucun diagnostic. Une somnolence qui vous prend en conduisant, des pauses respiratoires observées ou des réveils en suffoquant justifient de consulter sans attendre. Pour la suite d'un doute, voir le test pour l'apnée du sommeil.
SleepTrace n'écoute que le son de la nuit (application ouverte, téléphone en charge). Son indicateur d'apnée du sommeil, un niveau de risque et un indice moyen estimés à partir du son, est un repérage : il ne mesure pas l'oxygène du sang, ne remplace pas l'indice d'un enregistrement médical et ne dit pas si une apnée est légère, modérée ou sévère.
Questions fréquentes
Selon ameli (page consultée le 2 novembre 2026), au-dessus de 30 événements par heure de sommeil. Entre 5 et 15, l'apnée est légère ; entre 16 et 30, modérée. Les hypopnées (baisses partielles du souffle) comptent avec les apnées dans l'indice.
Non. Dans une cohorte de 822 patients avec une apnée modérée à sévère, 24,7 % se plaignaient de presque rien, et les trois profils de symptômes ne différaient pas par l'indice. Un indice élevé avec peu de symptômes existe.
C'est possible : un indice de 80 correspond à un événement toutes les 45 secondes en moyenne, soit environ 560 événements sur sept heures de sommeil. Les cohortes citées classent tout ce qui dépasse 30 en apnée sévère, sans catégorie supplémentaire.
Pas toujours : sur 147 patients enregistrés deux fois, 5,4 % à 14,3 % changeaient de catégorie au seuil modéré-sévère selon la règle de comptage dans la comparaison à court intervalle, et 8,2 à 20,9 % dans la comparaison longitudinale. L'oxygène moyen et la charge en hypoxie variaient peu.
Les grandes cohortes montrent une association : risque de décès toutes causes multiplié par 1,46 (6 441 adultes) et par 3,0 dans la cohorte du Wisconsin. Ce sont des études d'observation sur des apnées non traitées, et l'apnée légère n'a pas montré de surmortalité nette dans deux d'entre elles.
Il n'existe pas de tableau unique. Dans la Sleep Heart Health Study (1 207 personnes avec un indice d'au moins 15), quatre profils sont apparus : sommeil perturbé 12,2 %, peu de symptômes 32,6 %, somnolence excessive 16,7 %, somnolence modérée 38,5 %. Le profil très somnolent allait avec un risque d'insuffisance cardiaque plus de trois fois supérieur à celui des autres profils.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
L’indice qui classe l’apnée en légère, modérée ou sévère vient d’un examen médical, que SleepTrace ne remplace pas. Il vous montre autre chose : à quelles heures les pauses respiratoires possibles apparaissent, et si elles reviennent d’une nuit à l’autre. Un repère à montrer au médecin, rien de plus.
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