Dans une méta-analyse de 21 études, les personnes avec une insomnie sans dépression au départ avaient environ deux fois plus de risque d'en développer une (rapport de cotes de 2,10 à 2,60 selon le modèle). Une autre, sur 34 cohortes et 172 077 personnes, trouve un risque relatif de 2,27. Le lien va dans les deux sens, et l'ordre varie : chez 1 014 adolescents, l'anxiété précédait l'insomnie 73 % du temps, alors que l'insomnie précédait la dépression dans 69 % des cas. Dans deux essais en ligne, traiter l'insomnie sans médicament a réduit les expériences de paranoïa et d'hallucinations (essai OASIS) et l'apparition d'une dépression (second essai).
Vous dormez mal depuis des semaines et le moral baisse. La question qui se pose, presque toujours, est de savoir lequel a commencé. Elle paraît théorique. Elle ne l'est pas : si le sommeil précède l'humeur, traiter le sommeil peut protéger l'humeur ; si c'est l'inverse, il faut d'abord regarder l'humeur. Les études répondent par un « les deux », avec des nuances qui valent le détour.
Entre insomnie et dépression, ce que disent les méta-analyses
Une première méta-analyse a repris 21 études qui suivaient des gens dans le temps et mesuraient l'insomnie au départ puis la dépression plus tard. Chez les personnes sans dépression au départ, l'insomnie multipliait par 2,60 les chances d'avoir une dépression au suivi dans le modèle à effets aléatoires, par 2,10 une fois les cas extrêmes écartés. Les auteurs en tirent que les personnes insomniaques ont environ deux fois plus de risque que les autres, tout en reconnaissant que les études ne tenaient pas toujours compte d'autres facteurs.
Baglioni C, Battagliese G, Feige B, Spiegelhalder K, Nissen C, Voderholzer U, Lombardo C, Riemann D. Insomnia as a predictor of depression: a meta-analytic evaluation of longitudinal epidemiological studies. J Affect Disord 2011. PMID 21300408
Une seconde, plus récente, a rassemblé 34 cohortes et 172 077 participants, suivis en moyenne 60,4 mois. Le risque relatif pour une dépression chez les personnes insomniaques était de 2,27 (intervalle de 1,89 à 2,71), avec une grande hétérogénéité entre études (92,6 %). Cette dispersion est le signe que les résultats varient beaucoup selon les populations et les façons de mesurer. Les deux méta-analyses se rejoignent sur l'ordre de grandeur, pas sur un chiffre précis.
Li L, Wu C, Gan Y, Qu X, Lu Z. Insomnia and the risk of depression: a meta-analysis of prospective cohort studies. BMC Psychiatry 2016. PMID 27816065
Qui commence ? L'étude qui a regardé l'ordre
Ces chiffres disent que l'insomnie prédit la dépression. Ils ne disent pas que l'inverse est faux. Une revue systématique de 9 études conclut que l'insomnie est liée dans les deux sens à l'anxiété et à la dépression, en précisant que le petit nombre d'études empêche des conclusions définitives.
Alvaro PK, Roberts RM, Harris JK. A Systematic Review Assessing Bidirectionality between Sleep Disturbances, Anxiety, and Depression. Sleep 2013. PMID 23814343
Une étude sur 1 014 jeunes de 13 à 16 ans montre que l'ordre varie. Chez ceux qui cumulaient plusieurs troubles, un trouble anxieux précédait l'insomnie 73 % du temps, alors que l'insomnie précédait la dépression dans 69 % des cas. Une dépression antérieure n'augmentait pas le risque d'insomnie, une anxiété antérieure oui. Il s'agit d'adolescents, avec des dates de début rapportées après coup, et rien ne dit que la même chose se retrouve à 45 ans. Mais l'idée générale est utile : l'insomnie n'a pas la même place dans l'histoire selon qu'elle accompagne l'anxiété ou la dépression.
Johnson EO, Roth T, Breslau N. The association of insomnia with anxiety disorders and depression: exploration of the direction of risk. J Psychiatr Res 2006. PMID 16978649
Le stress et le cerveau qui ne redescend pas
Du côté du stress, les chercheurs parlent d'hyperéveil : une revue de la littérature montre que, chez les personnes avec insomnie, les systèmes qui maintiennent éveillé restent plus actifs la nuit comme le jour, des hormones aux signaux du cerveau. Le langage courant dit la même chose autrement : un corps qui reste en alerte. La revue relie cet hyperéveil à une vulnérabilité de départ, à des stress de vie et à des mécanismes d'entretien, dont la tendance à ruminer. Le stress qui réveille la nuit n'est donc pas seulement une réaction à une mauvaise période : l'insomnie peut se prolonger quand l'alerte s'installe.
Riemann D, Spiegelhalder K, Feige B, Voderholzer U, Berger M, Perlis M, Nissen C. The hyperarousal model of insomnia: a review of the concept and its evidence. Sleep Med Rev 2010. PMID 19481481
Traiter le sommeil protège-t-il la santé mentale ?
C'est la question de fond, et deux essais randomisés y répondent en partie, avec la même méthode : la thérapie cognitive et comportementale de l'insomnie en ligne, sans médicament.
L'essai OASIS. 3 755 étudiants britanniques avec une insomnie ont reçu la thérapie en ligne ou les soins habituels. Après 10 semaines, l'insomnie avait nettement reculé, et les expériences de paranoïa et d'hallucinations aussi (effets modestes : d = 0,19 et 0,24). L'insomnie expliquait en partie cette baisse. Les auteurs parlent d'une preuve solide qu'elle est un facteur causal de ces expériences, en précisant que l'extension au-delà des étudiants reste à tester.
Freeman D, Sheaves B, Goodwin GM, et al. The effects of improving sleep on mental health (OASIS): a randomised controlled trial with mediation analysis. Lancet Psychiatry 2017. PMID 28888927
L'essai sur la prévention de la dépression. Des personnes avec une insomnie diagnostiquée ont reçu la thérapie en ligne (358 suivies) ou une éducation au sommeil en ligne (300). Le groupe témoin recevait une éducation au sommeil en ligne, donc un contact comparable, ce qui renforce la comparaison. Un an plus tard, la dépression restait moins sévère dans le groupe thérapie, le nombre de personnes sans dépression était supérieur de 51 %, et chez celles sans dépression au départ, l'apparition d'une dépression modérée à sévère avait été réduite de moitié.
Cheng P, Kalmbach DA, Tallent G, Joseph CL, Espie CA, Drake CL. Depression prevention via digital cognitive behavioral therapy for insomnia: a randomized controlled trial. Sleep 2019. PMID 31535688
Aucun de ces essais ne porte sur une dépression installée, et l'insomnie ne cause pas toutes les dépressions. Le sommeil peut en revanche se traiter sans attendre que l'humeur aille mieux. La méthode est expliquée dans la TCC-I contre l'insomnie.
Quand l'insomnie reste alors que l'humeur va mieux
Un point souvent oublié dans l'autre sens. Les auteurs de la première méta-analyse rappellent que, chez beaucoup de personnes déprimées, les symptômes d'insomnie annoncent le début du trouble et peuvent persister pendant la rémission ou après la guérison, même sous un traitement adéquat. Autrement dit, une dépression qui s'améliore ne règle pas toujours le sommeil. Si vos nuits restent difficiles alors que le moral a repris le dessus, ce n'est ni un échec ni un retour de la dépression : c'est un sujet qui mérite sa propre attention, avec le médecin qui vous suit, et il y a des méthodes pour cela.
Il en va de même pour les moments où le stress retombe et où l'insomnie reste. Les mécanismes d'entretien décrits plus haut (rumination, alerte du cerveau, habitudes liées au lit) peuvent prendre le relais de la cause d'origine. C'est ce qui rend l'insomnie utile à traiter pour elle-même.
Quand ce n'est plus qu'un problème de sommeil. Une humeur basse presque tous les jours pendant plus de deux semaines, une perte d'intérêt, un réveil très tôt sans pouvoir se rendormir, une fatigue qui s'installe : parlez-en à un médecin sans attendre. Si des idées noires apparaissent, ne restez pas seul avec elles : en France, le 3114 répond jour et nuit, et le 15 en cas d'urgence. Cet article ne pose aucun diagnostic.
Insomnie, stress et anxiété : ce que mesurent les études
La formule « insomnie stress » recouvre trois choses : le stress qui précède une mauvaise nuit, l'anxiété comme trouble, et la peur de ne pas dormir. Une revue systématique de neuf études (huit suivies dans le temps) a cherché si les troubles du sommeil et l'anxiété ou la dépression se prédisent l'un l'autre. Pour l'insomnie, les meilleures preuves disponibles vont dans les deux sens : elle est reliée à l'anxiété comme à la dépression. Un seul lien allait dans un seul sens : l'anxiété prédisait la somnolence excessive en journée, sans que l'inverse soit vrai. Les auteurs insistent sur le petit nombre d'études et sur leur hétérogénéité, qui interdisent des conclusions définitives pour la plupart des troubles du sommeil.
Alvaro PK, Roberts RM, Harris JK. A Systematic Review Assessing Bidirectionality between Sleep Disturbances, Anxiety, and Depression. Sleep 2013. PMID 23814343
Insomnie et anxiété : cette revue (neuf études, dont huit suivies dans le temps) ne permet pas de dire laquelle précède l'autre chez une personne donnée, et c'est une information utile en soi. Pour la consultation, notez dans le carnet de sommeil si l'inquiétude arrive avant l'endormissement ou pendant les réveils de nuit, et depuis quand elle est là.
Concrètement : une période de stress suffit parfois à déclencher quelques mauvaises nuits. Si l'anxiété reste là (soucis qui tournent, peur de la nuit qui vient), c'est un motif de consultation au même titre qu'une humeur basse : le médecin cherchera l'un et l'autre.
Relier vos nuits et votre humeur
Pour sortir de la question « lequel d'abord ? » dans votre cas, un journal simple suffit pendant trois semaines : l'heure du coucher et du lever, une note de 0 à 10 pour l'humeur le soir, une autre le matin. Après trois semaines, on voit si les mauvaises nuits suivent les mauvaises journées, ou l'inverse, ou ni l'un ni l'autre. Si la baisse d'humeur précède systématiquement les nuits difficiles, c'est une information pour le médecin, qui n'aura pas la même lecture que si les nuits viennent d'abord. Ce tableau vaut plus qu'un souvenir de plusieurs mois, et il vous sert à vous-même : une humeur qui remonte de deux points en trois semaines se voit mal de l'intérieur.
Une seconde lecture de la nuit peut servir sur un point précis : quand le moral est bas, on juge souvent la nuit plus sévèrement qu'elle n'a été (voir nuit blanche et insomnie). SleepTrace estime les phases de sommeil à partir des sons, une estimation et non une mesure de laboratoire, et garde de courts clips des ronflements, de la toux et de la voix (dans l'offre gratuite, 3 clips écoutables par mois) : de quoi poser un second point de vue à côté du souvenir. Il ne lit pas l'humeur et n'est pas un dispositif médical. Détails sur la page méthodologie.
Les gestes de base de l'insomnie sont dans insomnie : quoi faire, et le cas du réveil très tôt dans réveil à 4h du matin.
Une question sans réponse pour vous
Aucune de ces études ne dit, pour vous, qui a commencé. Les méta-analyses mélangent des populations très différentes, l'étude des adolescents repose sur des dates rapportées après coup, et les deux essais concernent des gens à l'aise avec un programme en ligne. Reste le journal des trois semaines, qui répond parfois mieux que la littérature.
Questions fréquentes
Elle augmente le risque, sans en être la seule cause. Dans une méta-analyse de 21 études, les personnes insomniaques sans dépression au départ avaient environ deux fois plus de risque d'en développer une. Les auteurs soulignent que les études ne tenaient pas toujours compte d'autres facteurs.
Les deux sont possibles. Une revue de 9 études conclut à un lien dans les deux sens. Chez 1 014 adolescents, l'insomnie précédait la dépression dans 69 % des cas de trouble associé, alors que l'anxiété précédait l'insomnie dans 73 % des cas.
Souvent, une insomnie liée à un épisode de stress s'estompe avec lui. Elle peut aussi s'installer quand l'alerte du cerveau persiste (hyperéveil). Si les nuits difficiles durent depuis plusieurs semaines et pèsent sur la journée, un médecin peut orienter vers une thérapie du sommeil.
Dans l'essai OASIS (3 755 étudiants), la thérapie en ligne a réduit l'insomnie et les expériences de paranoïa. Dans un autre essai, elle a réduit de moitié l'apparition d'une dépression modérée à sévère sur un an chez des personnes sans dépression au départ. Ce n'est pas un traitement de la dépression installée.
Dès que l'humeur reste basse presque tous les jours pendant plus de deux semaines, ou que l'on perd tout intérêt. En cas d'idées noires, le 3114 répond jour et nuit en France, le 15 en cas d'urgence.
Les deux. Une revue de neuf études (huit suivies dans le temps) conclut que l'insomnie est reliée dans les deux sens à l'anxiété et à la dépression, tout en rappelant le petit nombre d'études. L'anxiété prédisait aussi la somnolence excessive en journée, sans que l'inverse soit démontré.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
Une application ne soigne ni la dépression ni l’insomnie. SleepTrace vous donne seulement un point d’appui : le son de vos nuits, les phases de sommeil estimées, d’éventuels ronflements ou pauses respiratoires. Si vous vous sentez mal depuis longtemps, parlez-en à un médecin ; ces repères pourront l’aider.
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