Les montres d'Apple et de Samsung ne diagnostiquent pas l'apnée du sommeil : elles repèrent des signes (les mouvements de la respiration pour l'Apple Watch, l'oxygène du sang pour la Galaxy Watch) et invitent à consulter. L'Apple Watch demande au moins 10 nuits de port sur 30 jours, la Galaxy Watch deux nuits sur dix jours, et toutes deux écartent les personnes déjà diagnostiquées. Les méta-analyses sur les capteurs portés trouvent environ 87 % de sensibilité et 86 % de spécificité pour l'apnée modérée à sévère, ce qui donne beaucoup de fausses alertes quand l'apnée est rare dans le groupe testé. Une alerte est un motif de consulter, pas une réponse.
Avec des chiffres de dépistage corrects, 87 % de sensibilité et 86 % de spécificité, environ quatre alertes sur dix seulement seraient justes dans un groupe où 10 % des gens ont une apnée modérée à sévère. Le calcul est détaillé plus bas, et il explique le reste de l'article : une montre qui vous invite à consulter pour une possible apnée du sommeil a repéré un signal qui revient, pas une maladie. Quand elle se tait, ce n'est pas une garantie non plus, et les deux fabricants le précisent dans leur propre documentation.
Montre pour repérer l'apnée du sommeil : ce que l'alerte dit vraiment
Deux fonctions existent aujourd'hui sur des montres vendues en France, avec des méthodes différentes. Le tableau ci-dessous les met côte à côte, d'après les pages d'assistance d'Apple (consultée le 21 octobre 2026) et le communiqué de Samsung France du 5 juin 2025 sur la certification CE. Ces conditions peuvent changer : vérifiez-les sur la page de votre modèle.
Apple Watch et apnée du sommeil : conditions et limites
Ce que dit la page d'assistance d'Apple
- Modèles et âge : la fonction est disponible sur l'Apple Watch Series 9 et ultérieures, l'Apple Watch Ultra 2 et ultérieures, et l'Apple Watch SE 3, avec les dernières versions de watchOS et d'iOS. Elle s'adresse aux adultes de 18 ans et plus.
- Apple Watch Ultra : la gamme Ultra est concernée à partir de l'Ultra 2 ; la première génération n'apparaît pas dans la liste d'Apple.
- Méthode : pendant le sommeil, l'accéléromètre repère des « perturbations respiratoires », classées en élevées ou peu élevées. Si des perturbations élevées reviennent régulièrement sur une période d'évaluation de 30 jours, une notification est envoyée. Il faut porter la montre pour dormir au moins 10 nuits sur ces 30 jours, avec la fonction Sommeil configurée.
- Limites annoncées : la fonction ne diagnostique pas, ne traite pas et n'aide pas à la prise en charge de l'apnée du sommeil ; elle n'est pas destinée aux personnes ayant déjà reçu ce diagnostic ; toutes les personnes atteintes ne reçoivent pas de notification.
Côté disponibilité, la presse spécialisée française a rapporté en septembre 2024 que la fonction était lancée dans 150 pays, dont la France, avec une autorisation de la FDA américaine. La page d'assistance consultée ne détaille pas le statut réglementaire de la fonction en Europe : à vérifier avant de s'y fier. Elle est présentée comme un repère qui invite à consulter, pas comme un examen.
Galaxy Watch : l'oxygène du sang plutôt que le mouvement
- Modèles : au lancement de la fonction, la page d'assistance canadienne de Samsung parlait de la Galaxy Watch Ultra et de la Galaxy Watch7. Le communiqué de Samsung France de juin 2025 cite les Galaxy Watch4 et modèles suivants, sous Wear OS 5.0 ou plus, couplées à un smartphone Samsung Galaxy sous Android 12 ou plus.
- Fonctionnement : elle passe par l'application Samsung Health Monitor. D'après le communiqué de Samsung du 5 octobre 2023 (autorisation en Corée, première version de la fonction), le capteur BioActive de la montre suit le niveau d'oxygène dans le sang pendant le sommeil, et la fonction estime un indice d'apnée-hypopnée à partir de ses variations. Elle ne vérifie que la possibilité d'une apnée obstructive modérée à sévère. Le communiqué français de 2025 parle de « perturbations respiratoires significatives ».
- Durée de port : la page canadienne demande de porter la montre au moins deux nuits consécutives, au moins quatre heures par nuit, dans un délai de dix jours ; le communiqué français de juin 2025 parle d'une période de surveillance de deux nuits.
- Statut : d'après le communiqué de Samsung France du 5 juin 2025, la fonction a reçu la certification CE pour l'Espace économique européen et une autorisation De Novo de la FDA américaine ; Samsung la disait alors disponible dans 70 pays, avec des dates qui varient selon les pays européens. Elle s'adresse aux adultes de 22 ans et plus, n'est pas destinée aux personnes déjà diagnostiquées, ne remplace pas un diagnostic, et la page canadienne ajoute que la montre n'est pas un dispositif médical et que l'absence d'alerte ne garantit pas l'absence d'apnée.
- Ronflement : d'après la page d'assistance du suivi du sommeil, le ronflement Samsung Health est mesuré par le téléphone et non par la montre.
Garmin et les autres montres : pas d'alerte dédiée
Beaucoup de montres affichent une saturation en oxygène ou une fréquence respiratoire pendant la nuit, sans proposer d'alerte d'apnée. Garmin : l'article du fabricant sur l'analyse du sommeil décrit la fréquence cardiaque, l'oxymètre de pouls et les phases du sommeil, précise que l'appareil « n'est pas conçu pour une utilisation médicale », et ne mentionne pas l'apnée du sommeil. Des courbes d'oxygène ou de respiration ne font pas une détection : sans algorithme validé, un creux isolé sur un graphique ne dit pas grand-chose. Il peut venir d'un bras plié, d'un bracelet qui glisse, ou d'une vraie baisse d'oxygène que seul un médecin saura interpréter.
Ce que valent ces détections d'après les études
Aucune des études citées ici ne teste la fonction exacte d'Apple ou de Samsung, et les validations publiées par les fabricants ne sont pas reprises dans cet article. Ce que l'on peut regarder, ce sont les synthèses sur les capteurs portés au poignet en général.
Une revue systématique de 2024 (38 études retenues sur 615) trouve, pour détecter une apnée du sommeil, une sensibilité poolée de 0,938 et une spécificité de 0,752, avec une exactitude de 0,869. Pour estimer la gravité par catégories, l'exactitude tombe à 0,651. Les auteurs jugent la performance actuelle sous-optimale pour un usage clinique de routine et recommandent d'associer ces outils aux examens classiques.
Abd-Alrazaq A, Aslam H, AlSaad R, Alsahli M, Ahmed A, Damseh R, Aziz S, Sheikh J. Detection of Sleep Apnea Using Wearable AI: Systematic Review and Meta-Analysis. J Med Internet Res 2024. PMID 39255014
Une méta-analyse de 2025 (59 études, 2 743 participants dans le groupe des capteurs portés) trouve pour une apnée modérée à sévère (IAH de 15 ou plus) une sensibilité poolée de 0,87 et une spécificité de 0,86. Ses auteurs concluent que ces technologies serviront probablement au dépistage, en complément de la polysomnographie plutôt qu'à sa place.
Hasanain M, Akram A, Kabir A, Javed H, Usman M, Jaffar H, Khan AA, Ali Malik GM, Tabassum M, Faizan M, Anjum MU, Umer M, Surani S. Diagnostic value of wearable and contactless technologies for detecting obstructive sleep apnea: a systematic review and meta-analysis. Sleep Breath 2025. PMID 41310031
Quelques études individuelles donnent une idée de la dispersion. Un algorithme de recherche utilisant seulement les capteurs de mouvement de l'Apple Watch a été entraîné sur 41 adultes et validé sur 20 autres, tous passant une polysomnographie : une corrélation de 0,93 avec l'IAH, et 100 % de sensibilité pour repérer un IAH de 15 ou plus (spécificité de 90 %). C'est un travail pilote, sur peu de monde, et son algorithme n'est pas celui d'Apple.
Hayano J, Adachi M, Murakami Y, Sasaki F, Yuda E. Detection of sleep apnea using only inertial measurement unit signals from apple watch: a pilot-study with machine learning approach. Sleep Breath 2025. PMID 39891814
Un autre algorithme de montre, testé chez 90 adultes dont 53 enregistrements exploitables, atteint 92,3 % de sensibilité et 92,6 % de spécificité pour l'apnée modérée à sévère, mais sous-estime l'IAH, surtout dans les formes légères. Dans une étude chinoise sur 119 patients avec une montre à capteur optique, 17 enregistrements sur 119 ont dû être écartés pour mauvaise qualité du signal.
Kim D, Han JY, Jung H, Song DY, Lee C, Ryu G, Hong SD, Kim HY, Jung YG. AI‑Enhanced Smartwatch AHI Estimation and AI‑Scored Polysomnography for Obstructive Sleep Apnea: Real‑World Validation. Nat Sci Sleep 2025. PMID 41018852
Chen Y, Wang W, Guo Y, Zhang H, Chen Y, Xie L. A Single-Center Validation of the Accuracy of a Photoplethysmography-Based Smartwatch for Screening Obstructive Sleep Apnea. Nat Sci Sleep 2021. PMID 34557047
Pourquoi une alerte n'est pas une certitude : un exemple chiffré
Un exemple chiffré montre pourquoi un bon test de dépistage donne quand même beaucoup de fausses alertes. C'est un calcul illustratif, pas une donnée sur une montre précise. Prenons 1 000 personnes, dont 100 ont une apnée modérée à sévère (une hypothèse d'école de 10 %), et une détection avec 87 % de sensibilité et 86 % de spécificité, les chiffres de la méta-analyse de 2025. La détection repère 87 des 100 personnes concernées, et se trompe aussi sur 14 % des 900 autres, soit 126 fausses alertes. Sur 213 alertes, 87 sont justes : environ quatre sur dix.
Dans la vraie vie, ce rapport varie avec l'âge, le poids et le groupe des gens qui portent une montre, et les fonctions des fabricants peuvent être réglées autrement que ces moyennes. Mais le raisonnement reste : une alerte est une raison de passer un examen, pas un résultat. Et l'inverse vaut aussi : 13 des 100 personnes avec une apnée ne seraient pas repérées dans cet exemple, et les fabricants le disent (« toutes les personnes atteintes ne reçoivent pas de notification »).
Si la montre vous alerte : la suite
Une alerte, une somnolence qui gêne la journée, des pauses respiratoires remarquées par un proche, un endormissement au volant ou des réveils en manque d'air : ce sont des raisons de demander un avis médical sans attendre. Cet article ne pose aucun diagnostic. Si vous êtes somnolent, évitez de conduire en attendant.
La suite se joue chez le médecin, pas sur la montre. L'examen de référence est un enregistrement du sommeil, à domicile ou en laboratoire : la façon dont il se déroule est décrite dans le test pour l'apnée du sommeil. Pour la consultation, apportez l'alerte (date, capture d'écran), et si possible d'autres éléments : ce qu'un proche a observé, et ce qu'un enregistrement de la nuit a capté. Pour comprendre ce qui sépare un ronflement banal d'un motif plus évocateur, lisez ronflement ou apnée du sommeil, et pour ce que dit la recherche de l'impact de l'apnée sur l'organisme, apnée du sommeil et espérance de vie.
Ce que la montre ne montre pas : le son de la nuit
Les montres mesurent le corps, pas la chambre. Elles ne disent pas si vous ronflez, si un ronflement s'interrompt brusquement, ou si la reprise de respiration est bruyante. Ce sont justement des éléments que les médecins demandent. Un partenaire de lit les rapporte parfois, mais beaucoup de gens dorment seuls. SleepTrace enregistre le son d'une nuit avec le micro du téléphone, repère les ronflements et les pauses respiratoires possibles, les date et laisse réécouter de courts extraits (3 par mois dans la version gratuite, sans limite avec Premium), pas la nuit entière. L'application doit rester ouverte pendant la nuit, téléphone branché. Cela ne mesure ni l'oxygène ni le pouls, et ce n'est pas un dispositif médical : l'application estime, elle n'établit pas de diagnostic.
Le son a été étudié pour juger d'une apnée avec un simple smartphone posé sur le sternum : chez 40 patients de validation, pour repérer un IAH de 15 ou plus, la sensibilité était de 0,70 et la spécificité de 0,94. Les auteurs précisent que cela fonctionne en laboratoire contrôlé, mais que l'usage dans une chambre bruyante, à la maison, n'est pas démontré. Pour comprendre ce que le téléphone peut apporter, lisez les applications d'apnée du sommeil ; pour comparer avec ce que la montre sait faire chaque nuit, montre et suivi du sommeil.
Nakano H, Hirayama K, Sadamitsu Y, Toshimitsu A, Fujita H, Shin S, Tanigawa T. Monitoring sound to quantify snoring and sleep apnea severity using a smartphone: proof of concept. J Clin Sleep Med 2014. PMID 24426823
Questions fréquentes
Elle peut envoyer une notification qui invite à consulter si des perturbations respiratoires élevées reviennent régulièrement sur 30 jours, à condition de porter la montre au moins 10 nuits. Elle ne diagnostique pas, n'est pas destinée aux personnes déjà diagnostiquées, et toutes les personnes atteintes ne reçoivent pas de notification. Modèles : Series 9 et ultérieures, Ultra 2 et ultérieures, SE 3.
D'après leurs fabricants, l'Apple Watch (notification sur Series 9 et suivantes, Ultra 2 et suivantes, SE 3) et la Galaxy Watch (fonction via Samsung Health Monitor, avec certification CE annoncée par Samsung en juin 2025). La disponibilité varie selon les pays : vérifiez-la sur la page du fabricant. Les montres Garmin affichent oxygène et respiration, mais l'article de Garmin sur le sommeil ne mentionne pas l'apnée.
Non. Les synthèses d'études voient dans ces outils un moyen de dépistage, en complément de la polysomnographie. Une alerte appelle un examen du sommeil, et l'absence d'alerte ne garantit pas l'absence d'apnée, comme l'écrivent les fabricants eux-mêmes.
Elle ne mesure pas le ronflement, qui est un bruit : l'Apple Watch s'appuie sur des mouvements, la Galaxy Watch sur l'oxygène du sang, et Samsung mesure le ronflement avec le téléphone. Ronfler n'est pas non plus la même chose qu'avoir une apnée. En cas de doute, parlez-en à un médecin.
Oui, avec un minimum de nuits : au moins 10 nuits sur 30 jours pour l'Apple Watch, au moins deux nuits sur dix jours pour la Galaxy Watch (quatre heures de port par nuit d'après la page canadienne de Samsung). Une montre trop lâche ou une batterie vide faussent ou effacent les données.
SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.
Montre et téléphone voient deux choses différentes : le poignet suit le mouvement ou l’oxygène, le micro entend le souffle et les bruits. SleepTrace ne mesure pas l’oxygène du sang et ne pose aucun diagnostic. Il offre un second regard sur les ronflements et les pauses respiratoires possibles, à comparer avec votre montre.
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