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Application pour dépister l'apnée du sommeil : possibilités et limites

Dans une étude, un smartphone repère bien les personnes qui ont probablement une apnée modérée à sévère. Chez vous, dans une chambre qui n'est pas un laboratoire, la même application ne peut pas vous dire que vous en avez une. Voici où passe la frontière, et ce qu'on peut raisonnablement en tirer.

Par Jan Kohlhaas · 10 min de lecture · Mis à jour le 02/11/2026 · Information générale sur le bien-être, pas un diagnostic médical

La réponse courte

Une application liée à l'apnée du sommeil peut servir à trois choses : suivre un traitement déjà prescrit, dépister par algorithme, ou enregistrer le son de la nuit. Dans une méta-analyse de 11 études, un smartphone repérait l'apnée modérée à sévère avec 91 % de sensibilité et 88 % de spécificité, mais les auteurs invitent à la prudence (marge d'erreur large sur l'IAH), et une revue de 2022 ne trouve que 10 applications avec des publications scientifiques. Aucune application gratuite ne remplace un examen du sommeil : elle peut au mieux vous donner un motif de consulter et un extrait à faire écouter. SleepTrace affiche un indicateur d'apnée avec un niveau de risque : c'est un dépistage, pas un diagnostic.

Oui, une application peut repérer, dans une étude, des personnes qui ont probablement une apnée du sommeil modérée à sévère. Non, la même application, installée sur votre téléphone, posée sur votre table de chevet, ne peut pas vous dire que vous avez une apnée. La nuance paraît mince, elle est pourtant toute la question : entre un résultat de dépistage dans un groupe et un diagnostic chez une personne, il y a un examen du sommeil et un médecin.

Application pour dépister l'apnée du sommeil : trois familles à ne pas confondre

Le mot recouvre des outils qui n'ont presque rien en commun. Les trier évite la moitié des déceptions.

  • Les applications de suivi d'un traitement : elles s'adressent en général à des personnes déjà diagnostiquées et appareillées, et affichent par exemple l'utilisation de l'appareil. Elles ne servent pas à savoir si l'on a une apnée.
  • Les applications de dépistage par algorithme : elles utilisent le micro, les mouvements ou, avec un oxymètre, l'oxygène du sang pour estimer un indice d'apnée. Certaines se présentent comme un outil d'aide au diagnostic : leur fiche doit alors indiquer leur statut réglementaire (dispositif médical, marquage CE) et leur usage prévu.
  • Les enregistreurs de nuit : ils enregistrent et datent les sons (ronflements, silences, reprises bruyantes), pour que vous ou un médecin puissiez les écouter. Certains, dont SleepTrace, y ajoutent une évaluation de la respiration, présentée comme un repère de dépistage.

Beaucoup de personnes imaginent la deuxième famille, celle qui « détecte ». C'est aussi celle dont les preuves sont les plus fragiles, comme on va le voir.

Ce que montrent les études sur le dépistage par smartphone

Une méta-analyse de 2022 a rassemblé 11 études sur le dépistage de l'apnée modérée à sévère (IAH supérieur à 15) avec un smartphone, par le mouvement, le son, l'oxymétrie ou une combinaison. Résultat poolé : sensibilité de 0,906, spécificité de 0,880, valeur prédictive positive de 0,884, valeur prédictive négative de 0,905 et une aire sous la courbe de 0,917. L'écart moyen d'IAH entre le smartphone et la polysomnographie est faible, mais les limites d'accord sont larges. D'où l'avertissement des auteurs : les médecins doivent être prudents avant de prendre des décisions cliniques sur la base de ces appareils.

Smartphone et apnée modérée à sévère : performance pooléeSensibilité90,6%Spécificité88%Valeur prédictive positive88,4%Valeur prédictive négative90,5%
Méta-analyse de 11 études sur le dépistage de l'apnée modérée à sévère (IAH supérieur à 15) par smartphone, comparé à la polysomnographie. Les valeurs sont celles d'un groupe d'études, avec des marges d'erreur individuelles larges. Données : Kim et al., PLoS One 2022 (PMID 35587944). Schéma SleepTrace.

Kim DH, Kim SW, Hwang SH. Diagnostic value of smartphone in obstructive sleep apnea syndrome: A systematic review and meta-analysis. PLoS One 2022. PMID 35587944

Un exemple de ces études : l'application « Firefly », entraînée sur 128 nuits de laboratoire puis testée sur 120 enregistrements indépendants réalisés avec différents modèles d'iPhone et d'Android, atteint 88,3 % de sensibilité et 80,0 % de spécificité pour un IAH de 15 ou plus. Les auteurs la présentent comme comparable aux appareils de dépistage ambulatoires et soulignent qu'aucun matériel autre que le téléphone n'est nécessaire.

Tiron R, Lyon G, Kilroy H, Osman A, Kelly N, O'Mahony N, Lopes C, Coffey S, McMahon S, Wren M, Conway K, Fox N, Costello J, Shouldice R, Lederer K, Fietze I, Penzel T. Screening for obstructive sleep apnea with novel hybrid acoustic smartphone app technology. J Thorac Dis 2020. PMID 32944361

Un autre travail, plus ancien, avait posé un smartphone sur le sternum de patients : pour repérer un IAH de 15 ou plus, la sensibilité était de 0,70 et la spécificité de 0,94 (40 patients de validation). Le temps de ronflement mesuré par le téléphone était très corrélé à celui de la polysomnographie (r = 0,93).

Nakano H, Hirayama K, Sadamitsu Y, Toshimitsu A, Fujita H, Shin S, Tanigawa T. Monitoring sound to quantify snoring and sleep apnea severity using a smartphone: proof of concept. J Clin Sleep Med 2014. PMID 24426823

Pourquoi ces chiffres ne passent pas tels quels dans votre chambre

Trois raisons, et elles sont posées par les auteurs eux-mêmes.

Seule une partie des applications a été étudiée. Une revue systématique publiée en 2022 a cherché dans l'App Store et sur Google Play les applications liées à l'apnée du sommeil, puis dans la littérature scientifique celles qui avaient été étudiées : seules 10 applications répondaient aux critères. Les auteurs concluent que ces outils sont prometteurs, mais qu'ils sont aujourd'hui moins précis que les options classiques et que leur validation peut ne pas être fiable. Autrement dit, la méta-analyse décrit une poignée d'applications publiées, pas le catalogue des boutiques.

Baptista PM, Martin F, Ross H, O'Connor Reina C, Plaza G, Casale M. A systematic review of smartphone applications and devices for obstructive sleep apnea. Braz J Otorhinolaryngol 2022. PMID 35210182

Le laboratoire n'est pas votre chambre. L'étude de 2014 le dit sans détour : l'approche fonctionne en laboratoire contrôlé, son usage dans un environnement bruyant, à la maison, reste à démontrer. Un partenaire qui ronfle plus fort que vous, un ventilateur, un chat, la rue, tout cela brouille un micro. Dans les études citées, le téléphone est placé comme le protocole le prévoit, ce qui n'est pas le cas d'un téléphone glissé sous un oreiller.

La gravité est l'élément le plus difficile à estimer. Dans la revue sur les capteurs portés citée à propos des montres (voir montre et apnée du sommeil), l'exactitude est bonne pour dire s'il y a une apnée, nettement moins bonne pour la classer en légère, modérée ou sévère. Un indice d'application n'a donc de sens que comme repère : mieux vaut lire le niveau de risque qui l'accompagne et réécouter les extraits que s'attacher à la valeur exacte. Cela vaut aussi pour SleepTrace, dont l'indicateur n'est pas présenté ici comme validé par une étude.

Gratuite ou payante : à quoi sert la différence

Les boutiques proposent de nombreuses applications, et une application gratuite peut recouvrir trois cas très différents (voir le guide sur les applications de sommeil gratuites). Dans le cadre de l'apnée, la question utile n'est pas le prix, mais ce que l'application fait de l'audio et du résultat :

  • vous donne-t-elle un chiffre (un « score d'apnée ») sans rien à écouter, ou aussi des extraits datés que vous pouvez réécouter ?
  • dit-elle clairement qu'elle ne remplace pas un examen, ou parle-t-elle de « diagnostic » ?
  • indique-t-elle sa méthode, ses limites, une étude, ou seulement une note de satisfaction ?
  • où va l'enregistrement de votre chambre ?

Un score qui ne se vérifie pas est le plus mauvais résultat possible : il peut rassurer à tort ou inquiéter à tort, et vous ne pouvez rien en faire. Un extrait sonore daté, au contraire, se vérifie, se réécoute, et se fait écouter à un médecin.

Comment savoir si l'on a une apnée du sommeil : les deux temps du diagnostic

Pour savoir comment détecter l'apnée du sommeil, la réponse tient en deux temps, décrite par ameli (page consultée le 2 novembre 2026). D'abord une consultation, où le médecin fait préciser les troubles ressentis ou remarqués par l'entourage, propose parfois un agenda du sommeil, évalue la somnolence avec l'échelle d'Epworth, fait un examen ORL et regarde les facteurs de risque cardiovasculaires (tension, indice de masse corporelle, tour de taille). Ensuite, si l'apnée est suspectée, un bilan du sommeil, souvent dans une unité du sommeil : soit une polygraphie ventilatoire (au moins 6 heures d'enregistrement du rythme cardiaque, des mouvements respiratoires, du débit d'air aux narines et de la saturation en oxygène), soit une polysomnographie, plus complète, qui ajoute l'activité du cerveau et des muscles. Aucune application ne remplace ce second temps. Source : ameli.fr, « Symptômes, diagnostic et évolution de l'apnée du sommeil ».

Les appareils portables posés à domicile ont leurs preuves : dans une méta-analyse de 59 études (5 026 patients), les tests dits de niveau 3, proches de la polygraphie, avaient une sensibilité de 0,79 à 0,97 et une spécificité de 0,60 à 0,93 selon le seuil d'indice, par rapport à la polysomnographie en laboratoire. Les auteurs les jugent bons chez les adultes avec une forte probabilité d'apnée modérée à sévère. Leur place n'est pas celle d'une application : ils sont prescrits, posés et lus par des professionnels.

El Shayeb M, Topfer LA, Stafinski T, Pawluk L, Menon D. Diagnostic accuracy of level 3 portable sleep tests versus level 1 polysomnography for sleep-disordered breathing: a systematic review and meta-analysis. CMAJ 2014. PMID 24218531

Comment savoir si on a une apnée du sommeil avant le rendez-vous ? Trois repères se préparent chez soi : un proche a-t-il entendu des pauses suivies d'une reprise bruyante, le questionnaire d'Epworth rempli à la maison donne-t-il 11 ou plus (seuil de somnolence excessive), et l'enregistrement de plusieurs nuits montre-t-il des silences répétés après les passages de ronflement. Aucun des trois ne tranche : dans la Sleep Heart Health Study, un score bas n'excluait pas une apnée et un score élevé n'en prouvait pas une, comme le détaille symptômes de l'apnée du sommeil. Ils donnent au médecin de quoi décider du bilan.

Quant à l'« application apnée du sommeil gratuit » que l'on cherche, la version gratuite de SleepTrace suffit pour enregistrer les nuits (avec 3 extraits à réécouter par mois), mais elle prépare la consultation, elle n'en tient pas lieu.

Android ou iPhone : ce qui change vraiment

Le principe est le même sur Android que sur iPhone : un micro qui enregistre, un algorithme qui trie. La différence tient au matériel. Les micros, les systèmes de réduction de bruit et la manière dont le système gère l'enregistrement en arrière-plan varient d'un téléphone à l'autre, et il est donc utile qu'une étude teste plusieurs modèles de téléphone, comme l'a fait l'étude Firefly avec des iPhone et des Android. Sur Android comme sur iPhone, deux points se vérifient : que l'enregistrement tient toute la nuit (avec SleepTrace, l'application doit rester ouverte et l'écran s'assombrit seul), et que l'écran de résultat permet de retrouver et de réécouter les moments signalés. Le plus simple reste un téléphone branché sur son chargeur.

Ce qu'un enregistrement de la nuit apporte à la consultation

Un médecin du sommeil a besoin de savoir si les ronflements s'accompagnent de pauses, à quelle fréquence, et comment la respiration reprend. Beaucoup de gens dorment seuls et n'ont aucun témoin. SleepTrace enregistre le son d'une nuit avec le micro du téléphone (iPhone et Android), repère les ronflements, la parole et la toux avec de courts extraits à réécouter (pas la nuit entière), et marque les pauses respiratoires possibles avec leur heure, sans extrait. L'application affiche aussi l'Indicateur d'apnée du sommeil, avec un niveau de risque et un indice moyen. C'est un dépistage à partir du son, pas un diagnostic : SleepTrace n'est pas un dispositif médical, et l'application ne sépare pas deux personnes qui ronflent dans le même lit. L'analyse du sommeil se fait sur l'appareil. Le suivi de la nuit est gratuit, la version gratuite permet de réécouter 3 de ces extraits par mois, Premium n'a pas cette limite, et l'application doit rester ouverte pendant la nuit, téléphone branché. Le but est d'arriver à la consultation avec des éléments concrets, un niveau de risque et des extraits à faire écouter, pas avec une conclusion. Pour comprendre ce qui distingue un ronflement banal d'un motif plus évocateur, lisez ronflement ou apnée du sommeil, et pour la suite, le test pour l'apnée du sommeil. La méthode de l'analyse est détaillée sur la page méthodologie.

Les signaux qu'aucune application ne doit retarder

Une somnolence qui gêne la journée, un endormissement involontaire au volant ou à un feu rouge, des pauses respiratoires remarquées par un proche, des réveils en manque d'air, une tension difficile à équilibrer : ce sont des raisons de demander un avis médical sans attendre. Une application qui annonce « aucune apnée » ne doit pas vous retenir, et une application qui signale un risque n'est pas un diagnostic. Cet article ne remplace pas une consultation.

Pour ce que la recherche dit de l'importance de l'apnée sur la durée, voyez apnée du sommeil et espérance de vie. Pour la chaîne complète, de l'alerte à l'examen, le test pour l'apnée du sommeil décrit chaque étape.

Questions fréquentes

Des applications gratuites existent, mais « fiable » demande une étude publiée, ce que peu d'applications ont : une revue de 2022 n'en a retrouvé que 10 avec des publications scientifiques. Gratuite ou non, une application ne remplace pas un examen du sommeil. Préférez celle qui vous laisse réécouter des extraits datés plutôt qu'un simple score.

Non, pas chez vous. Dans une méta-analyse de 11 études, le dépistage par smartphone atteignait 91 % de sensibilité et 88 % de spécificité pour l'apnée modérée à sévère, mais les auteurs recommandent la prudence avant toute décision clinique. Le diagnostic repose sur un enregistrement du sommeil, à domicile ou en laboratoire, lu par un médecin.

Le choix compte moins que la méthode : vérifiez que l'enregistrement dure toute la nuit sans coupure, qu'on peut réécouter les extraits signalés, et que l'application ne se présente pas comme un diagnostic. SleepTrace existe sur Android et sur iPhone, analyse sur l'appareil et affiche un indicateur d'apnée avec un niveau de risque, comme dépistage et non comme diagnostic.

Un micro entend les ronflements, les silences et les reprises bruyantes. Il ne mesure ni le souffle ni l'oxygène, et ne voit pas un effort respiratoire sans bruit. Un silence peut aussi venir d'un changement de position. C'est un indice à faire écouter à un médecin, pas une preuve.

Notez la fréquence et l'heure des pauses signalées, réécoutez les extraits de ronflement qui les entourent, et parlez-en à un médecin, surtout si vous êtes somnolent le jour ou si un proche a remarqué des arrêts. Il décidera de l'examen utile. Ne modifiez rien à vos habitudes médicales sur la seule base d'une application.

Par une consultation puis un bilan du sommeil prescrit par un médecin : polygraphie ventilatoire (au moins 6 heures d'enregistrement du souffle, du rythme cardiaque et de l'oxygène) ou polysomnographie. Les appareils portables à domicile de niveau 3 ont une sensibilité de 0,79 à 0,97 et une spécificité de 0,60 à 0,93 dans une méta-analyse de 59 études. Une application ne tient pas lieu de ce bilan.

SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.


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