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L'apnée du sommeil fait grossir ? Ce que montrent les études, dans les deux sens

Le poids favorise l'apnée du sommeil, c'est le sens le mieux établi. L'inverse existe peut-être, mais il est mal prouvé, et le traitement par appareil de nuit lui-même fait prendre un peu de poids à certains. Voici ce qui est mesuré, et par quels chiffres.

Par Jan Kohlhaas · 10 min de lecture · Mis à jour le 02/11/2026 · Information générale sur le bien-être, pas un diagnostic médical

La réponse courte

Le sens le mieux établi va du poids vers l'apnée : dans une cohorte de 690 adultes suivie quatre ans, 10 % de poids en plus allait avec environ 32 % d'indice d'apnées en plus, 10 % de poids en moins avec environ 26 % en moins. Dans les essais, perdre du poids réduit l'indice (de 23 événements par heure en neuf semaines avec un régime très hypocalorique), et un programme intensif d'un an chez des diabétiques a fait baisser l'indice de 9,7 événements par heure de plus que le groupe de comparaison. Dans l'autre sens, les indices existent (une petite étude, des liens avec l'appétit) mais restent faibles, et un appareil de nuit fait prendre un peu de poids à certains, surtout s'il est utilisé moins de 5 heures par nuit.

La réponse n'est pas la même selon le sens. Dans le premier, le poids favorise l'apnée du sommeil : c'est solide, mesuré, répété. Dans le second, l'apnée du sommeil fait grossir : c'est plausible, souvent affirmé, et beaucoup moins prouvé. Il y a enfin un troisième cas, moins connu, celui du traitement lui-même.

L'apnée du sommeil fait grossir ? Le lien existe, mais le sens le plus solide est l'autre

La page d'ameli sur la compréhension de l'apnée du sommeil (page datée du 5 août 2026, consultée le 21 octobre 2026) est nette : le surpoids et surtout l'obésité sont des facteurs de risque majeurs, parce que l'infiltration graisseuse des tissus autour du pharynx favorise l'obstruction des voies aériennes pendant le sommeil. 70 % des personnes qui ont une apnée sont en surpoids, et plus de 60 % de celles qui ont un syndrome métabolique ont une apnée. Quant à la réduction du poids, la page écrit qu'une réduction, même modérée, du poids initial réduit nettement la sévérité des apnées.

Autrement dit, quand quelqu'un a à la fois des kilos en trop et une apnée, la première hypothèse est que les kilos y contribuent, pas que l'apnée les a fait venir. Pour le ronflement, la logique est la même : prise de poids et ronflement vont souvent de pair, voyez la cause du ronflement.

Du poids vers l'apnée : ce que chiffrent les études

La mesure de référence est une cohorte du Wisconsin : 690 adultes (46 ans en moyenne au début, 56 % d'hommes) évalués deux fois à quatre ans d'intervalle. Par rapport à un poids stable, 10 % de poids en plus prédisaient une hausse d'environ 32 % de l'indice d'apnées-hypopnées (intervalle de confiance de 20 à 45 %), et 10 % de poids en moins une baisse d'environ 26 % (18 à 34 %). Une prise de poids de 10 % multipliait par six les chances de développer une apnée modérée à sévère (de 2,2 à 17,0). Les auteurs concluent qu'un contrôle même modeste du poids est susceptible d'aider à gérer ces troubles du sommeil et à en réduire les nouveaux cas.

Peppard PE, Young T, Palta M, Dempsey J, Skatrud J. Longitudinal study of moderate weight change and sleep-disordered breathing. JAMA 2000. PMID 11122588

Variation du poids sur 4 ans et variation de l'indice d'apnéesPoids +10 %, indice +32 %32 %Poids -10 %, indice -26 %26 %
Schéma réalisé par SleepTrace : variation estimée de l'indice d'apnées-hypopnées pour une variation du poids de 10 %, par rapport à un poids stable, dans une cohorte de 690 adultes du Wisconsin évalués deux fois à quatre ans d'intervalle. Les intervalles de confiance sont de 20 à 45 % pour la hausse et de 18 à 34 % pour la baisse. Données : Peppard et al., JAMA 2000 (PMID 11122588). Schéma SleepTrace.

Perte de poids et apnée du sommeil, que montrent les essais ?

Premier essai, en Suède : on a tiré au sort 63 hommes obèses (indice de masse corporelle de 30 à 40) avec une apnée modérée à sévère, déjà traités par appareil de nuit. Pendant sept semaines, le groupe d'intervention a suivi un régime liquide très hypocalorique, puis deux semaines de reprise progressive de l'alimentation. À la neuvième semaine, ils pesaient 20 kg de moins que le groupe de contrôle et leur indice d'apnées était inférieur de 23 événements par heure. Cinq patients sur 30 (17 %) n'avaient plus d'apnée (indice sous 5), 15 sur 30 une apnée légère. Dans le groupe de contrôle, tous sauf un restaient à 15 ou plus. L'effet était plus fort chez ceux qui avaient une apnée sévère au départ.

Johansson K, Neovius M, Lagerros YT, Harlid R, Rössner S, Granath F, Hemmingsson E. Effect of a very low energy diet on moderate and severe obstructive sleep apnoea in obese men: a randomised controlled trial. BMJ 2009. PMID 19959590

Deuxième essai, Sleep AHEAD, sans régime liquide : il a suivi 264 adultes avec un diabète de type 2 (indice de masse corporelle moyen de 36,7) pendant un an. Le groupe qui suivait un programme intensif de perte de poids a perdu 10,8 kg en moyenne contre 0,6 kg pour le groupe de comparaison. Son indice d'apnées avait diminué de 9,7 événements par heure de plus, et plus de trois fois plus de participants étaient en rémission totale. Ceux qui avaient perdu 10 kg ou plus avaient les plus grandes baisses.

Foster GD, Borradaile KE, Sanders MH, Millman R, Zammit G, Newman AB, Wadden TA, Kelley D, Wing RR, Pi-Sunyer FX, Reboussin D, Kuna ST, Sleep AHEAD Research Group of Look AHEAD Research Group. A randomized study on the effect of weight loss on obstructive sleep apnea among obese patients with type 2 diabetes: the Sleep AHEAD study. Arch Intern Med 2009. PMID 19786682

Troisième cas, la chirurgie de l'obésité. Dans un essai australien de 60 patients obèses avec une apnée d'indice au moins égal à 20, un anneau gastrique a été comparé à un programme conventionnel : à deux ans, 27,8 kg perdus contre 5,1 kg. L'indice a baissé de 25,5 événements par heure dans le groupe chirurgie et de 14,0 dans le groupe conventionnel, mais la différence entre les deux (11,5) n'était pas statistiquement significative sur 60 patients, malgré l'écart de poids. La synthèse de 2021 de l'académie américaine de médecine du sommeil, qui regroupe plus de 270 études, a retenu que la chirurgie bariatrique chez des adultes obèses avec apnée est associée à une baisse cliniquement significative de l'indice, de la somnolence, du ronflement et de la tension, et signale un risque de malabsorption du fer à surveiller.

Dixon JB, Schachter LM, O'Brien PE, Jones K, Grima M, Lambert G, Brown W, Bailey M, Naughton MT. Surgical vs conventional therapy for weight loss treatment of obstructive sleep apnea: a randomized controlled trial. JAMA 2012. PMID 22990273

Kent D, Stanley J, Aurora RN, Levine CG, Gottlieb DJ, Spann MD, Torre CA, Green K, Harrod CG. Referral of adults with obstructive sleep apnea for surgical consultation: an American Academy of Sleep Medicine systematic review, meta-analysis, and GRADE assessment. J Clin Sleep Med 2021. PMID 34351849

Ces trois résultats se lisent ensemble. La perte de poids soulage l'apnée chez une partie des patients, parfois beaucoup, mais ces essais portent sur des personnes obèses, traitées ou suivies de près, et la perte doit être tenue dans le temps. Quel régime alimentaire choisir avec une apnée du sommeil ? Aucun régime n'est validé en tant que tel : ce qui a été testé, c'est la perte de poids elle-même, obtenue par des moyens très différents, avec un suivi médical.

De l'apnée vers le poids : des indices, rien de net

Pour le sens inverse, les pièces du dossier sont minces. Une étude de 2000 a comparé 32 hommes tout juste diagnostiqués avec une apnée à 32 hommes aussi obèses sans apnée : les patients avaient pris en moyenne 5,2 kg dans l'année précédant le diagnostic, les témoins 0,5 kg. Leur taux de leptine, l'hormone de la satiété, était plus élevé, ce que les auteurs interprètent comme une résistance à ses effets. C'est une petite étude, et le gain de poids était rapporté sur l'année écoulée.

Phillips BG, Kato M, Narkiewicz K, Choe I, Somers VK. Increases in leptin levels, sympathetic drive, and weight gain in obstructive sleep apnea. Am J Physiol Heart Circ Physiol 2000. PMID 10899061

Le deuxième argument vient du manque de sommeil, pas de l'apnée elle-même. Chez 12 hommes jeunes en bonne santé, deux jours de sommeil restreint avaient fait baisser la leptine de 18 %, monter la ghréline (l'hormone de la faim) de 28 %, et augmenter la faim de 24 % et l'appétit de 23 %, surtout pour les aliments riches en glucides. Une revue de 2008 sur le sommeil court et la prise de poids rapporte que les trois études suivies dans le temps chez l'adulte allaient toutes dans le même sens, tout en notant des limites de conception qui empêchent de conclure. Cela rend plausible qu'une nuit fragmentée par des pauses respiratoires pèse sur l'appétit, sans que ce soit mesuré pour l'apnée.

Spiegel K, Tasali E, Penev P, Van Cauter E. Brief communication: Sleep curtailment in healthy young men is associated with decreased leptin levels, elevated ghrelin levels, and increased hunger and appetite. Ann Intern Med 2004. PMID 15583226

Patel SR, Hu FB. Short sleep duration and weight gain: a systematic review. Obesity (Silver Spring) 2008. PMID 18239586

Après l'appareil de nuit : un peu de poids chez certains

Troisième cas, le moins connu. Dans un essai tiré au sort contre un faux appareil, mené sur 812 participants, ceux qui avaient l'appareil à pression positive continue prenaient en six mois 0,35 kg en moyenne, alors que ceux qui avaient le faux appareil en perdaient 0,70. Chaque heure d'utilisation par nuit allait avec 0,42 kg de plus. Une méta-analyse de 39 essais (6 954 participants) confirme une hausse de l'indice de masse corporelle de 0,148 kg/m² en moyenne, attribuable à une utilisation de 5 heures par nuit ou moins : au-delà de 5 heures, l'écart disparaissait (0,001).

Quan SF, Budhiraja R, Clarke DP, Goodwin JL, Gottlieb DJ, Nichols DA, Simon RD, Smith TW, Walsh JK, Kushida CA. Impact of treatment with continuous positive airway pressure (CPAP) on weight in obstructive sleep apnea. J Clin Sleep Med 2013. PMID 24127141

Chen B, Drager LF, Peker Y, Vgontzas AN, Phillips CL, Hoyos CM, Salles GF, Guo M, Li Y. Effect of Continuous Positive Airway Pressure on Weight and Local Adiposity in Adults with Obstructive Sleep Apnea: A Meta-Analysis. Ann Am Thorac Soc 2021. PMID 33740390

Ces chiffres sont petits, et ce n'est pas une raison d'arrêter un traitement qui soulage : c'est une raison de le dire à son médecin si le poids bouge sans explication, et de ne pas attribuer à l'apnée un gain de poids qui vient d'ailleurs.

Perdre du poids : l'effet sur l'apnée tient-il dans le temps ?

Derrière « est ce que l apnée du sommeil fait grossir », une seconde recherche revient, « apnée du sommeil perte de poids » : l'effet d'une perte de poids dure-t-il ? Un essai mené dans quatre centres de l'étude Look AHEAD a suivi pendant quatre ans 264 adultes obèses avec un diabète de type 2 et une apnée. Le groupe de modification intensive du mode de vie avait perdu en moyenne 10,7 kg à un an, 7,4 kg à deux ans et 5,2 kg à quatre ans, contre moins de 1 kg dans le groupe témoin. L'effet bénéfique sur l'indice d'apnées-hypopnées observé à un an persistait à quatre ans, malgré une reprise d'environ la moitié du poids perdu. Il tenait en grande partie, mais pas entièrement, à la perte de poids. Cela vaut pour des personnes obèses avec un diabète, suivies de près dans un essai : ce n'est pas un objectif à s'appliquer seul.

Kuna ST, Reboussin DM, Borradaile KE, Sanders MH, Millman RP, et al. Long-term effect of weight loss on obstructive sleep apnea severity in obese patients with type 2 diabetes. Sleep 2013. PMID 23633746

Suivre la balance et la nuit en même temps

Un lien dans les deux sens appelle un suivi des deux grandeurs. Votre poids, vous le mesurez avec une balance. Votre nuit, vous pouvez l'enregistrer : SleepTrace repère, à partir du son capté par le micro du téléphone, les passages de ronflement, avec leur heure et de courts extraits sonores à réécouter (3 extraits par mois dans le plan gratuit), ainsi que des pauses respiratoires possibles, datées mais sans extrait. Si le poids baisse de plusieurs kilos sur quelques mois, comparer le début et la fin donne une idée de ce que cela change dans le bruit de la nuit. L'application estime, elle n'est pas un dispositif médical ; son indicateur d'apnée du sommeil (niveau de risque, indice moyen) est un dépistage, pas un diagnostic. Un ronflement qui diminue ne veut pas dire que les pauses ont disparu, et seul un enregistrement du sommeil le dit (voir le test pour l'apnée du sommeil).

Somnolence qui gêne la journée, endormissement au volant, pauses respiratoires remarquées, réveils avec la sensation d'étouffer : ce sont des raisons de demander un avis médical, quelle que soit votre corpulence. Les personnes minces ont aussi des apnées. Cet article ne pose aucun diagnostic.

Questions fréquentes

Le sens le mieux établi est du poids vers l'apnée : dans une cohorte de 690 adultes, 10 % de poids en plus allait avec environ 32 % d'indice d'apnées en plus. L'inverse est possible (une petite étude de 32 hommes, des liens du sommeil court avec l'appétit) mais mal prouvé pour l'apnée.

Dans la cohorte du Wisconsin, 10 % de poids en moins allait avec une baisse d'environ 26 % de l'indice. Dans l'essai Sleep AHEAD, les participants qui avaient perdu 10 kg ou plus avaient les plus grandes baisses. Les essais portent sur des personnes obèses suivies de près, pas sur un objectif à s'appliquer soi-même.

Un régime liquide très hypocalorique de sept semaines chez 63 hommes obèses (baisse de l'indice de 23 événements par heure, dans un suivi médical) et un programme intensif de modification du mode de vie chez 264 adultes diabétiques (perte de 10,8 kg en un an). Aucun régime n'est validé en tant que tel : c'est la perte de poids qui compte.

Un peu, chez certains. Dans un essai de 812 participants, +0,35 kg en six mois avec l'appareil contre -0,70 kg avec un faux appareil. Une méta-analyse de 39 essais relie la hausse à une utilisation de moins de 5 heures par nuit. Ce n'est pas une raison d'arrêter le traitement.

Dans un essai de 264 adultes obèses avec un diabète de type 2 et une apnée, l'effet sur l'indice d'apnées-hypopnées observé à un an persistait à quatre ans, malgré une reprise d'environ la moitié du poids perdu. Cela concerne des personnes suivies de près dans un essai, pas un objectif à s'appliquer seul.

SleepTrace est une application de bien-être, pas un dispositif médical. Cet article donne des informations générales, pas un avis médical. Si vos symptômes sont fréquents, marqués ou vous inquiètent, parlez-en à un médecin.


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